虎嗅

**Titre français :** “Niulai” : Au point de l’extrême dégradation, une forme d’art en soi

原文:《牛来》:烂到极致,自成艺术

Résumé du contenu principal

*“Niulai” est un film d’animation chinois de très mauvaise qualité, au point d’en être “choquant”. Les modélisations 3D sont approximatives, les mouvements des personnages sont raides et l’intrigue est vide. En seulement 10 jours, le film n’a rapporté que 7 700 yuans au box-office (avec moins de 200 spectateurs dans tout le pays). Cependant, après être devenu un sujet de discussion populaire sur les réseaux sociaux en raison de sa médiocrité, le nombre de séances a explosé, passant de 4 à 2 500, et les recettes ont dépassé 1,3 million de yuans, avec une prévision finale de 18,37 millions. Ce phénomène n’est pas le résultat d’une histoire inspirante de renversement de situation, mais plutôt d’un ensemble de facteurs : la curiosité du public, les failles dans les processus industriels, la quête de profits par les cinémas et la tendance à divertir le grand public.*

Analyse détaillée

1. Le public : Ce n’est pas un billet de film qu’ils achètent, mais un “billet d’entrée” pour participer à l’événement

Personne ne regarde *“Niulai” dans le but de se divertir ; ils achètent plutôt le droit de faire partie d’un événement médiatique. C’est comme faire la queue dans une boutique d’une célébrité pour partager son expérience sur les réseaux sociaux et se plaindre du film en disant “c’est tellement mauvais que cela remet en question ma vie”. Ils ont peur de rater les discussions… Le rapport qualité-prix est extrêmement avantageux : pour quelques dizaines de yuans, ils obtiennent un sujet de conversation qui passionne tout le monde. De plus, ils ne seront pas déçus car *“Niulai” est sûrement encore pire qu’ils l’imaginaient*, ce qui les rassure davantage que de regarder un film réputé pour être bon (car il pourrait être décevant). Le public n’a donc pas une baisse des goûts artistiques ; ils ont simplement transformé le fait de “regarder un film” en une participation active à un événement social.*

2. L’industrie : Les procédures sont équitables, mais la qualité est négligée ; “achever” est plus important que “bien faire”

Les créateurs de *“Niulai” sont une mère et son fils : le réalisateur s’est chargé à la fois de l’écriture du scénario et de la doublage, tandis que la mère a composé la chanson de fin. Le film a été réalisé entièrement à la main sur une période de 5 ans. L’entreprise productrice était auparavant une entreprise de rénovation, avec un capital enregistré de seulement 100 000 yuans et seulement une personne qui payait les cotisations sociales. Comment un tel équipe “amateur” a-t-elle pu obtenir l’autorisation de sortie ? La réponse est simple : les procédures sont équitables, mais les règles se basent uniquement sur le fait que l’œuvre soit “terminée”, pas sur sa qualité. Tant que vous avez terminé votre projet et l’avez soumis à l’examen, il peut être accepté – même s’il est très mauvais. Cela révèle les limites du système de censure actuel, qui se concentre davantage sur le fait que l’œuvre ait été réalisée que sur sa qualité. La sortie légale d’un film médiocre n’est pas un scandale, mais plutôt une faille dans les règles.*

3. Les cinémas : L’augmentation des séances n’est pas due à de l’émotion, mais à des calculs commerciaux astucieux

Les cinémas ont décidé d’ajouter des séances pour *“Niulai”* non pas par admiration pour le travail du couple, mais parce que cela était rentable : ils ont calculé qu’il y aurait beaucoup de demandes. Lorsque le film est devenu un sujet de conversation populaire, les cinémas ont immédiatement vu une opportunité commerciale (ajout de séances, programmation dans les meilleurs créneaux, utilisation de salles équipées du système Dolby, etc.). Certains directeurs de salle ont même affirmé que *“Niulai” se vendait mieux que “Odyssey”*, car sa popularité pouvait générer des revenus. Le cinéma est avant tout un business ; ils soutiennent ceux qui attirent du public, sans tenir compte de l’aspect artistique.*

4. L’époque : La médiocrité extrême est devenue une ressource rare ; les sujets sérieux sont détournés par le divertissement

À une époque où l’IA peut générer des milliers d’images d’animation en un jour, un film comme *“Niulai”, réalisé à la main avec tant de défauts, est devenu une sorte de rareté. Sa médiocrité est “réelle” ; elle reflète l’obstination du couple qui a travaillé pendant 5 ans sur le projet. L’IA ne peut pas créer ce type de qualité “artificielle”. Plus intéressant encore, les sujets sérieux liés à *“Niulai” (comme le système de censure ou la loi de l’effet pervers du mauvais sur le bon) ont été transformés en blagues et en sujets de discussion par le public. Ce n’est pas que les gens s’en moquent, mais parce que les discussions sérieuses sont fatigantes ; utiliser des blagues permet de détendre l’atmosphère et d’éviter de se sentir trop préoccupé. C’est une habitude collective chez les contemporains : utiliser le divertissement pour gérer toute situation sérieuse.*

Conclusion

La popularité soudaine de *“Niulai” n’est pas le signe d’un renouveau des films médiocres, mais un miroir de notre société obsédée par l’extrême et de notre fuite devant les sujets sérieux, ainsi que des failles dans les règles industrielles. Après avoir ri de ce film, nous devrions peut-être réfléchir : si la médiocrité peut facilement se transformer en argent, y aura-t-il davantage de films comme *“Niulai” à l’avenir ? La loi de l’effet pervers du mauvais sur le bon pourrait bien ne pas être une plaisanterie…