虎嗅

**Titre français :** La littérature des « grands résultats » : comment devenir soi-même un billet gagnant ?

原文:“大结果”文学:我们如何把自己活成一张兑奖券

Résumé des idées principales

La littérature sur le “Grand Résultat” était à l’origine une technique de communication décalée dans le domaine amoureux et matrimonial : elle enseigne aux femmes à se présenter comme une ressource sexuelle ou émotionnelle, afin d’atteindre un “saut de classe” en séduisant des hommes plus puissants (représentés par les catégories “A9/A10”). Ce concept a ensuite été parodié sur Internet dans des contextes professionnels et personnels, mettant en lumière l’absurdité de cette logique qui prône le succès par des raccourcis et une présentation artificielle. En réalité, il s’agit d’une variante de la philosophie du succès néolibérale : elle transforme les individus en “biens” valorisables et échangeables, masquant ainsi les problèmes structurels et provoquant une anxiété face à des objectifs irréalisables, tout en ignorant la réalité de la vie de la plupart des gens.

1. L’évolution du concept de “Grand Résultat” : d’un jargon amoureux à un phénomène viral sur Internet

Initialement, ce terme était utilisé par des “mentorat” en matière de relations amoureuses pour classer les femmes selon leur apparence et définir les hommes en fonction de leur richesse (“A9” pour des revenus de neuf chiffres, “A10” pour des revenus de dix chiffres), enseignant aux femmes à obtenir un soutien matériel durable des hommes grâce à la “vénération et à la loyauté” (présentées sous le nom de “choix stratégique à long terme”). Les internautes ont rapidement réalisé l’absurdité de cette logique et ont commencé à en faire des parodies :

  • Inversion des rôles : Yang Guo, un homme ordinaire, est présenté comme un partenaire idéal pour une femme riche grâce à sa personnalité et à son “valeur émotionnelle” ;
  • Application généralisée : dans le monde professionnel, cela se traduit par “séduire le patron pour obtenir de meilleurs avantages”, ou dans l’entrepreneuriat, par “se présenter de manière attractive pour attirer des investissements”.

La parodie vise non pas à adhérer à cette logique, mais à en exagérer l’aspect calculateur et humiliant : les règles qui appliquent aux femmes s’avèrent tout aussi ridicules lorsqu’elles sont appliquées aux hommes.

2. La nature répressive de cette logique commerciale

Le plus choquant dans cette approche est la transformation des relations intimes et de la croissance personnelle en transactions purement matérielles :

  • Auparavant, les femmes étaient encouragées à être “dévouées et au foyer” (au moins avec une apparence morale) ; aujourd’hui, on parle ouvertement d’échange de “valeurs” et de jeux de pouvoir, où elles doivent vendre leur apparence, leurs émotions et même leur corps comme des “produits” aux personnes en position de pouvoir.
  • Les individus sont ainsi réduits à des “fleurs immortelles” : on leur coupe les racines de leur véritable personnalité (idéaux, indépendance), on leur enlève leurs ambitions jugées “inappropriées”, et on leur donne une apparence “soumise mais séduisante”, créant ainsi des êtres beaux mais sans vie réelle, simplement des “biens” à la disposition des autres.

3. L’anxiété sous-jacente : une forme de “survie par projets” dans le cadre du néolibéralisme

Pourquoi ce concept est-il populaire ? Parce qu’il touche un problème récurrent chez les gens d’aujourd’hui :

  • On n’est plus simplement un membre d’une organisation, mais notre propre “PDG” : selon Foucault, la logique du marché pénètre dans tous les aspects de la vie ; il faut constamment se perfectionner (apprendre des compétences, entretenir des relations sociales) pour ne pas être éliminé.
  • Le travail est devenu un “projet” : sans emploi stable, on doit constamment prouver sa valeur par des résultats concrets (KPI, performances). Seul le résultat visible et échangeable a de la valeur.

Tout le monde vit dans un état d’attente, se décomposant en éléments “vendables” (apparence, intelligence émotionnelle, compétences) en préparation du prochain “résultat”, sans jamais atteindre une véritable satisfaction. Comme le disent les internautes : “L’argent est le pont, mais les gens vivent dessus”.

4. Le pouvoir de la parodie : dénoncer l’illusion du succès

Les parodies ne sont pas juste des plaisanteries ; elles représentent une forme de résistance :

  • Elles révèlent l’absurdité de cette logique qui considère les hommes comme des objets à échanger contre des ressources (par exemple, les hommes “attirants” ou les maris inutiles).
  • Elles remettent en question la responsabilité individuelle : la philosophie du succès prétend que l’échec est dû à de mauvaises méthodes, mais les parodies montrent que cela relève de problèmes structurels (par exemple, les relations sociales “vers le haut” servent en réalité à justifier un système hiérarchique).

Elles utilisent une forme de pouvoir inversé pour dénoncer l’absurdité des règles dominantes.

5. La voie vers la libération : refuser de se vendre et voir les gens réels

La solution réside non pas dans l’apprentissage de techniques de vente plus efficaces, mais dans le retour à une vision authentique et humaine des choses :

  • Refuser l’idéologie du “poulet de qualité” : ne pas se considérer comme inutile si on n’est pas dans un contexte précis (comme au KFC) ; notre vie a une valeur en soi, même sans être “packagée”.
  • Prendre conscience des difficultés des autres : par exemple, utiliser un coupon de 10 yuans pour laver une voiture et réaliser que le travail des employés est pénible, ou remettre en question les pratiques des plateformes de livraison qui obligent les livreurs à jeter eux-mêmes les déchets.
  • Reconstruire une “communauté” : lorsque nous cessons de voir les autres comme des objets échangeables et que nous prenons en compte leur réalité, nous redevenons des êtres humains.

En somme, le concept de “Grand Résultat” n’est qu’un “lubrifiant” dans une compétition où chacun cherche à se vendre au meilleur prix, sans changer les règles de distribution. Ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’arrêter de nous considérer comme des biens et de trouver des relations basées sur la compréhension mutuelle, loin de toute logique d’échange.