Résumé des principaux points
Les résultats du deuxième trimestre 2026 de SMIC ont été exceptionnels : les revenus ont dépassé pour la première fois les 3 milliards de dollars (augmentation de 36 % par rapport à l'année précédente) et le bénéfice net a connu une forte hausse de 261 %. Les volumes de production de puces, le prix unitaire et le taux d'utilisation de la capacité ont tous augmenté. Ce succès n'est pas dû aux procédés de fabrication les plus avancés (tels que 3 nm/5 nm) que SMIC poursuit constamment, mais plutôt à des procédés plus matures (comme 55 nm/65 nm), qui étaient auparavant considérés comme obsolètes. La raison en est l'essor de l'intelligence artificielle, qui a stimulé la demande pour de nombreuses puces complémentaires, ainsi que le réduction de la capacité de production des grands fabricants étrangers, entraînant un transfert d'ordres vers SMIC. De plus, l'entreprise a créé un cercle vertueux : « pleine capacité → augmentation des prix → flux de trésorerie → expansion de la production », ce qui lui a permis de passer d'une situation où elle dépendait de subventions à une situation où elle gagne de l'argent sur le marché.
I. Des résultats remarquables, mais pas grâce à des puces avancées
Beaucoup pensaient que SMIC devrait se tourner vers les procédés les plus récents pour réussir, mais c'est grâce à ses procédés matures qu'elle a réalisé ces performances exceptionnelles. Selon le rapport financier, les volumes de production de puces au deuxième trimestre équivalaient à 2,9 millions de puces de 8 pouces, avec un taux d'utilisation de la capacité de 93,7 % (près de la pleine charge) et une augmentation du prix unitaire de 5,7 %. Ces puces ne sont pas utilisées pour des GPU de haut niveau, mais pour des applications dans les domaines de l'automobile, de l'industrie et des serveurs d'intelligence artificielle (gestion de l'alimentation électrique, contrôle des interfaces), utilisant des technologies matures comme 55 nm/65 nm ou même 90 nm, qui sont dans les domaines où SMIC peut produire de manière stable.
Avant, on se demandait toujours quand SMIC rattraperait TSMC. Il s'avère que pour gagner beaucoup d'argent, il suffit de maximiser la production et d'augmenter les prix des procédés qu'elle maîtrise.
II. Dans l'ère de l'intelligence artificielle, SMIC profite des « rôles secondaires »
L'intelligence artificielle est en plein essor, et tout le monde se concentre sur les GPU d'NVIDIA et les technologies de packaging avancées de TSMC. Cependant, peu de gens réalisent que un serveur d'intelligence artificielle nécessite non seulement des GPU, mais aussi de nombreuses puces complémentaires. Par exemple, les GPUs ont besoin de puces de gestion de l'alimentation pour convertir le courant électrique en tension plus basse et de puces d'interface pour communiquer avec d'autres composants. Ces puces complémentaires n'exigent pas des technologies les plus avancées ; des procédés matures suffisent.
Prenons un exemple : les semi-conducteurs de puissance dans les serveurs ordinaires coûtent entre 65 et 80 dollars, tandis que dans les serveurs d'intelligence artificielle, leur prix a grimpé à entre 850 et 1 800 dollars, soit une augmentation de plus de dix fois. Le marché mondial de ces puces pour les data centers d'intelligence artificielle a augmenté de 67 % en 2026 par rapport à 2025. SMIC profite de cette tendance en produisant ces puces complémentaires, ce qui signifie qu'à chaque nouvel ordinateur d'intelligence artificielle acheté, il y a une nouvelle demande pour ses produits.
III. Les grands fabricants étrangers libèrent de la capacité et cherchent activement SMIC
Des géants comme TSMC et Samsung investissent actuellement beaucoup dans des procédés avancés (3 nm/5 nm), ce qui a entraîné une réduction de la capacité de production de puces matures (la capacité mondiale de puces de 8 pouces a diminué de 2,4 % en 2026). La demande pour ces procédés matures n'a cependant pas diminué, car elle est toujours importante dans les secteurs de l'automobile, de l'industrie et des applications d'intelligence artificielle. Les clients étrangers, ne trouvant pas de capacité disponible ailleurs, se tournent vers SMIC.
De plus, le changement de fournisseur pour la fabrication de puces est coûteux (testage, adaptation) ; une fois que les clients passent à SMIC, ils restent généralement fidèles. La direction de SMIC indique que de plus en plus d'ordres étrangers arrivent en Chine en raison de la pression sur les capacités de production à l'étranger, ce qui est une bonne nouvelle.
IV. Du « construire des usines en attendant les ordres » au « suivre les besoins des clients pour augmenter la production », un cercle vertueux s'est enfin mis en place
Auparavant, le problème majeur de SMIC était l'amortissement : l'argent dépensé pour acheter des équipements et construire des usines devait être réparti chaque année, indépendamment de la présence ou non d'ordres. Lorsque le taux d'utilisation de la capacité était faible, cela pesait lourdement sur les bénéfices. Aujourd'hui, c'est différent :
- Le taux d'utilisation de la capacité est de 93,7 % (près de la pleine charge), ce qui réduit les coûts d'amortissement par puce ;
- Il y a tellement d'ordres que SMIC peut négocier des augmentations de prix avec ses clients, et le prix unitaire a déjà augmenté au deuxième trimestre ;
- Les bénéfices et les flux de trésorerie se sont améliorés (2,5 milliards de dollars de flux de trésorerie d'exploitation au deuxième trimestre, avec un réserves de 8,2 milliards de dollars), ce qui permet d'investir dans l'expansion de la production (nouvelle capacité de 40 000 puces de 12 pouces à la fin de l'année).
Avant, c'était « construire des usines en attendant les ordres » ; maintenant, c'est « les ordres qui suivent la capacité », créant ainsi un cercle vertueux : « ordres → pleine capacité → augmentation des prix → flux de trésorerie → expansion de la production → encore plus d'ordres ».
V. L'expansion est une opportunité, mais aussi un pari risqué
SMIC ose s'étendre parce qu'elle dispose de fonds suffisants (flux de trésorerie) et bénéficie de délais de paiement de ses fournisseurs ainsi que de paiements anticipés de ses clients. Cependant, l'expansion comporte des risques : il faut entre 1 à 2 ans pour passer d'une acquisition d'équipements à la mise en production. Avec la forte demande actuelle pour les puces d'intelligence artificielle, si la demande diminue par la suite, l'amortissement pourrait nuire aux bénéfices. Si l'expansion est trop lente, SMIC risque de manquer le bon moment pour tirer parti de cette tendance.
Cependant, la différence majeure avec les précédentes expansions est que SMIC ne dépend plus uniquement des subventions gouvernementales pour survivre, mais gagne de l'argent grâce aux commandes du marché. Tant qu'elle parvient à maintenir le modèle économique « procédés matures → puces complémentaires pour l'intelligence artificielle → transfert d'ordres », ses chances de succès sont élevées.
Conclusion
SMIC n'a peut-être pas créé la pierre précieuse la plus brillante du domaine de l'intelligence artificielle, mais elle a transformé les puces complémentaires basées sur des procédés matures en une source de revenus rentable. Le remplacement par des produits nationaux ne se résume pas à des slogans ; il s'agit de faire fonctionner les usines à plein régime, d'augmenter les prix des produits et de générer des bénéfices concrets pour ensuite construire de nouvelles usines. C'est là le véritable progrès.