虎嗅

**« Niulai » devient populaire parce qu’il comprend l’époque.**

原文:《牛来》走红,因为它读懂了时代

Résumé des points clés

Le film d'animation *Niulai* est mal réalisé (modélisation approximative, mouvements rigides, narration lâche). Malgré ses faibles recettes de 7 711 yuans en 10 jours de diffusion, il est devenu soudainement très populaire grâce à son extrême médiocrité, atteignant finalement des ventes de plus d'un million de yuans. Derrière ce succès se trouve une chaîne de communication qui a évolué du simple désir de savoir à quel point le film était mauvais au partage de critiques et à la création de contenu par les spectateurs eux-mêmes, reflétant ainsi l'agacement du public face à une production trop sophistiquée. Ce phénomène de popularité inattendu rend son répéchage difficile.

I. De 7 711 yuans à un million de ventes : Le parcours de succès de *Niulai*

Le retournement de situation de *Niulai* ne s'est pas basé sur sa qualité, mais sur le contraste avec les attentes communes et l'engagement collectif des spectateurs :

1. Premier pas : La curiosité piquée

Le film était tellement mauvais qu'il dépassait toutes les limites : la bande-annonce avait un style traditionnel chinois, tandis que le film lui-même ressemblait à celui réalisé par quelqu'un qui venait de découvrir des logiciels d'animation ; le film a été créé par une mère et son fils en 5 ans sans équipe professionnelle, pour seulement un peu plus de 7 000 yuans de ventes en 10 jours de diffusion nationale. Ces contradictions ont suscité la curiosité des spectateurs : “Vraiment si mauvais ? Je dois voir ça.” Les premiers spectateurs achetaient leurs billets comme s'ils découvraient un trésor, simplement pour vérifier les rumeurs en ligne.

2. Deuxième pas : Acheter le “droit de participer”

Pour quelques dizaines de yuans (le prix de deux cafés), on pouvait non seulement regarder le film de 86 minutes, mais aussi participer aux critiques. Ceux qui l'avaient vu pouvaient partager leurs moments les plus drôles dans les commentaires ou utiliser des codes avec des inconnus (comme l'humour lié à la bande-annonce), tandis que ceux qui ne l'avaient pas vu ne pouvaient que répéter ces blagues. C'était comme acheter un “billet d'accès aux discussions sociales”, permettant aux gens ordinaires de se joindre facilement aux débats sur le sujet.

3. Troisième pas : Un consensus sans division

Alors que pour les films normaux, il y a toujours des critiques positives et négatives, tout le monde était d'accord sur *Niulai* : “Il est vraiment mauvais.” Il n'y avait pas de pression à débattre de sa qualité ; il suffisait de rire ensemble, sans crainte de se tromper. Les spectateurs pouvaient enfin se détacher des jugements moraux et profiter simplement du plaisir de critiquer le film.

4. Quatrième pas : La propagation en boule de neige

Les spectateurs ont commencé à modifier la bande-annonce, à créer des images humoristiques avec les plans de salle, et à filmer leurs rires pour en faire des vidéos. L'ordre de la diffusion s'est inversé : au lieu de regarder le film d'abord puis de le commenter, ils commençaient par lire les critiques des autres avant d'aller au cinéma pour vérifier par eux-mêmes. Le cinéma est devenu un lieu où ces blagues se propageaient ; plus il y avait de rires, plus de gens voulaient venir voir le film, augmentant ainsi les ventes.

II. La popularité des “films médiocres” n'est pas une dégradation de l'esthétique, mais un éclat d'anti-sophistication

Certains pensent que cela représente une dégradation de l'esthétique, mais en réalité, il s'agit d'un signe de l'agacement du public face à une production trop raffinée :

  • Apprécier le laid nécessite une base esthétique : il faut connaître les normes de qualité pour remarquer la médiocrité de *Niulai* ; cela montre que les spectateurs ont des critères esthétiques, et qu'ils ne “apprécient pas vraiment le mauvais”.
  • La production sophistiquée a épuisé la confiance du public : auparavant, on considérait que la sophistication signifiait sincérité (une bande-annonce élégante ou la présence de stars était un gage de qualité). Mais après avoir vu trop de films qui semblaient bons en surface mais étaient en réalité décevants (comme les restaurants à la mode), le public est devenu plus méfiant.
  • Des attentes basses entraînent des surprises : *Niulai* n'a pas reçu beaucoup de promotion, et les spectateurs s'attendaient à un film mauvais. Lorsqu'ils ont découvert son manque de qualité, ils ont été surpris… mais cela leur a paru “réel”. C'est comme lorsque nous faisons quelque chose avec effort et que tout échoue (par exemple, un plan bien conçu qui ne se réalise pas correctement au travail) ; cette sensation de déception “simple” a trouvé un écho chez les jeunes.

III. Les spectateurs ne sont plus des simples spectateurs, mais des créateurs de contenu

Les films traditionnels cherchent à immerger le public dans l'histoire, mais *Niulai* les a transformés en acteurs de la création :

  • Le cinéma devient un lieu social : seul chez soi, on pourrait éteindre le film après 5 minutes ; ensemble au cinéma, l'embarras et les rires se transmettent comme dans une émission de stand-up. Les gens ne viennent pas juste pour regarder un film, mais pour partager des blagues et trouver des complices.
  • Les spectateurs prennent en charge le sens du film : certains voient *Niulai* comme une critique d'un mauvais film, d'autres comme le symbole de l'ambition d'une mère et de son fils, ou encore comme un exemple des défauts du système de distribution. Ces interprétations contradictoires coexistent, offrant aux spectateurs la liberté de ne pas se sentir simplement des récepteurs passifs, mais de “définir” eux-mêmes le film.
  • Cela rappelle les films d'horreur “cultes” à l'étranger : comme *The Rocky Horror Show*, où les spectateurs participent activement (en reprenant des répliques, en jetant des objets dans la salle), et où le film n'est qu'un cadre. *Niulai* montre également ces tendances : les cinémas créent des bandes-annonces spéciales, et les spectateurs utilisent des codes pour interagir entre eux, formant ainsi de véritables communautés d'intérêt.

IV. Ce succès peut-il être reproduit ? Difficilement, car la “brouillonnade authentique” est unique

Si quelqu'un tentait de créer délibérément un film mauvais pour profiter de cette tendance, il échouerait probablement :

  • L'aspect accidentel est essentiel : le succès de *Niulai* était inattendu ; le film a été réalisé avec sérieux par une mère et son fils, mais personne ne s'en est occupé avant sa sortie. Ce caractère “authentique” n'était pas prévu, et si cela devenait une stratégie marketing (comme créer exprès un mauvais film avec des éléments humoristiques prédéfinis), les spectateurs le percevraient immédiatement.
  • L'anti-sophistication peut devenir une nouvelle forme de sophistication : si le marché imite la “médiocrité” de *Niulai*, cela pourrait se transformer en un nouveau standard (par exemple, des jouets “moche-mignons” vendus pour attirer les clients, ou des vidéos abstraites créées pour augmenter les followers). Dans ce cas, la rébellion authentique deviendrait une forme de production commerciale, perdant ainsi son impact initial.
  • Ce qui est le plus précieux, c'est l'unicité : la valeur de *Niulai* ne réside pas dans le film lui-même, mais dans sa capacité à ouvrir la porte à la création collective par les spectateurs et dans cette liberté qui échappe aux normes établies. Ces aspects sont difficiles à quantifier ou à reproduire par des outils comme l'IA ou le marketing.

En conclusion

Le succès de *Niulai* reflète notre mécontentement face à une société qui essaie de définir pour nous ce qui est bon, et notre désir de participer activement à la création de contenu. Ce n'est peut-être pas un film exceptionnel, mais il a créé un événement social accessible au grand public. Cette “authenticité inattendue” est précisément ce qui le rend si unique.