Résumé des principaux points
Récemment, une série d’actions militaires américaines et japonaises (le nouveau « Livre blanc de la défense » japonais considère la Chine comme le « plus grand défi stratégique », création d’une agence de renseignement nationale similaire à l’« Tokko Kikan » de la Seconde Guerre mondiale ; les États-Unis envisagent d’améliorer leur dissuasion nucléaire tactique contre la Chine et la Russie) ont, combinées à l’évitement par le Japon de son histoire d’agression, mis en péril la sécurité dans l’Asie-Pacifique, avec des risques de confrontation de blocs et d’accroissement des armements. L’article appelle l’Asie à abandonner les groupes de sécurité exclusifs et à construire une architecture de sécurité régionale inclusive, basée sur l’esprit de Bandung et les Cinq Principes de Coexistence Pacifique, ainsi qu’à renforcer sa résilience économique (par exemple, en réduisant la dépendance aux monopoles énergétiques et financiers américains) afin d’éviter que la région ne glisse vers des conflits entre grandes puissances.
I. Pourquoi les actions américaines et japonaises inquiètent-elles les pays voisins asiatiques ?
Le nouveau Livre blanc japonais ressemble plus à une excuse pour militariser qu’à une évaluation objective ; il dépeint la Chine comme un « défi stratégique sans précédent » et propose pour la première fois de coopérer avec des alliés. L’agence de renseignement nationale créée en juillet a brisé la structure de dispersion des renseignements qui prévalait depuis 80 ans après la guerre, étant comparée à l’« Tokko Kikan » (l’organisation secrète japonaise de la Seconde Guerre mondiale). De plus, le refus du Japon de reconnaître pleinement les crimes de l’unité 731 et son évitement de l’histoire des procès de Tokyo suscitent des craintes chez les pays voisins quant à un retour au militarisme.
Les États-Unis vont encore plus loin : le Pentagone rédige une stratégie nucléaire secrète, envisageant l’utilisation d’armes nucléaires tactiques de courte portée (plus petites que les armes nucléaires stratégiques et donc plus susceptibles d’être utilisées par erreur dans des conflits conventionnels). L’accumulation de ces actions est comme avoir allumé un feu dans l’Asie-Pacifique, augmentant le risque d’accidents.
II. Pourquoi les anciennes approches de sécurité ne fonctionnent-elles plus ?
Par le passé, les États-Unis maintenaient leur hégémonie grâce à des déploiements militaires sur le territoire des autres pays (mise en place d’armes et de troupes). Cependant, ils peinent aujourd’hui : leurs stocks de missiles sont en baisse, les cycles de production sont longs et l’industrie militaire rencontre des obstacles structurels (par exemple, un manque de capacité dans le domaine des semi-conducteurs et de la production d’équipements militaires). Bien qu’ils prônent la dissuasion, ils manquent de munitions et ne peuvent pas assurer un approvisionnement adéquat.
En même temps, les États-Unis créent des cercles exclusifs (comme le mécanisme Quadrilatéral Japon-États-Unis-Inde-Australie), ce qui ne résout pas les problèmes mais force les pays à choisir un camp, réduisant ainsi leur marge de manœuvre stratégique et plongeant la région dans un cercle vicieux de défenses mutuelles, instable et peu prospère.
III. Quel type d’architecture de sécurité l’Asie devrait-elle construire ? — Une « communauté où tout le monde peut entrer »
L’article souligne la nécessité d’une architecture de sécurité régionale inclusive, différente des groupes exclusifs occidentaux. Les principes clés sont les suivants :
- L’esprit de Bandung : proposé lors de la conférence de Bandung en 1955, il prône l’égalité souveraine, le respect mutuel et la coexistence pacifique (par exemple, ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays ou résoudre les conflits par la force) ;
- Les Cinq Principes de Coexistence Pacifique : qui renforcent l’esprit de Bandung en insistant sur le non-agression et la non-ingérence mutuelle ;
- L’indivisibilité de la sécurité : votre sécurité ne peut pas reposer sur l’insecurity des autres (par exemple, le déploiement par les États-Unis du système THAAD en Corée du Sud est perçu comme une menace pour la Chine).
Qui devrait prendre l’initiative ? L’ASEAN semble être le candidat idéal : elle a montré sa capacité à coordonner les intérêts de 15 pays grâce à l’accord RCEP (Partenariat économique régional complet), démontrant ainsi son aptitude à organiser des consultations de sécurité multilatérales. Cette architecture est ouverte à tous les pays qui respectent les règles, qu’ils soient grands ou petits.
IV. Comment renforcer la résilience économique : un soutien pour la sécurité ?
La sécurité ne peut pas reposer uniquement sur la force militaire ; l’économie doit également être solide. Par le passé, les États-Unis utilisaient l’énergie (le contrôle du pétrole) et le système financier (l’hégémonie du dollar) pour contrôler les autres pays. Aujourd’hui, d’autres options sont disponibles :
- Electrification : en réduisant la dépendance au pétrole, on devient moins vulnérable aux pressions américaines ;
- Systèmes de paiement alternatifs : comme le système de paiements transfrontaliers en renminbi (CIPS), qui permet d’éviter les gel des actifs par les États-Unis.
Ces approches réduisent le risque de dépendance et donnent aux pays plus d’autonomie dans leurs décisions, évitant ainsi de devoir choisir un camp.
V. Un choix entre confrontation et coopération ?
L’article souligne que l’Asie n’a pas besoin de choisir entre une hégémonie américaine ou une domination chinoise. Les options réelles sont :
- Des groupes exclusifs : continuer à suivre les alliances américano-japonaises ne fera qu’exacerber les conflits ;
- Une architecture inclusive : en s’appuyant sur l’esprit de Bandung et les Cinq Principes de Coexistence Pacifique, tous peuvent travailler ensemble pour construire une sécurité régionale et éviter que l’Asie ne devienne un champ de bataille.
Nous sommes à un moment décisif : soit nous glissons vers des confrontations dangereuses, soit nous établissons un ordre stable. Les stratèges asiatiques doivent agir rapidement pour répondre à cet avertissement.
Le message principal de cet article est que la sécurité dans l’Asie-Pacifique ne doit pas suivre les traces de la Guerre froide ; il faut utiliser des méthodes asiatiques (inclusives, égales et mutuellement bénéfiques) pour résoudre les problèmes, en mettant l’accent à la fois sur l’économie et la sécurité, afin d’éviter les conflits.