Résumé des points clés
Alors que le nombre de véhicules électriques en Chine approche les 50 millions, les batteries de puissance utilisées dans ces véhicules commencent à être remplacées en masse. En 2025, la quantité de batteries usagées à recycler devrait dépasser les 400 000 tonnes, et ce chiffre devrait augmenter pour atteindre plus de 1 million de tonnes par an d’ici 2030. Cependant, l’industrie du recyclage se trouve face à des défis importants : les entreprises régulières peinent à répondre à la demande, tandis que les acteurs informels s’accaparent des matières premières à bas prix, provoquant des risques pour la sécurité (incendies) et l’environnement. Les politiques chinoises ont abandonné la notion de “recyclage séquentiel” des batteries en raison de problèmes de sécurité, et se tournent désormais vers un recyclage direct. À l’avenir, il sera nécessaire de renforcer la responsabilité des entreprises, d’améliorer les technologies, d’optimiser la conception des batteries dès leur fabrication et de sensibiliser les consommateurs pour orienter le recyclage vers des canaux officiels.
I. Pourquoi le recyclage séquentiel a-t-il été abandonné ? Les risques pour la sécurité sont trop importants
Auparavant, les batteries usagées (qui n’avaient plus assez de capacité mais contenaient encore de l’électricité) étaient réutilisées dans des véhicules électriques à vitesse réduite ou des dispositifs de stockage d’énergie. Cependant, de nombreux problèmes sont apparus dans la pratique :
- Origine incertaine et qualité non garantie : Les spécifications des batteries varient selon les marques et les modèles, et leur état de vieillissement est également variable, ce qui entraîne des problèmes après rénovation.
- Incidents fréquents : Selon la CCTV, environ 33 % des incendies de vélos électriques en 2026 ont été causés par des batteries modifiées illégalement, et 80 % de ces batteries provenaient de batteries de puissance usagées.
- Abandon de la politique de recyclage séquentiel : Les “Mesures provisoires” mises en œuvre en avril 2026 ont officiellement supprimé cette approche, imposant un recyclage direct des batteries pour extraire des métaux tels que le lithium et le nickel.
II. Les entreprises de recyclage régulières ne parviennent pas à répondre à la demande, et les capacités restent inutilisées
La capacité de recyclage officielle en Chine s’élève à 4,23 millions de tonnes par an, mais la quantité réellement recyclée n’a atteint que 654 000 tonnes en 2024, soit un taux d’utilisation des capacités de seulement 15 %. Pourquoi ?
- Prise de contrôle par les acteurs informels : Les petits ateliers et les intermédiaires proposent des prix plus élevés (de 10 % à 15 % de plus que les entreprises régulières) et attirent ainsi les réparateurs, les vendeurs de voitures d’occasion et même les consommateurs.
- Dislocation entre offre et demande : Les batteries usagées sont principalement concentrées dans les régions côtières de l’est (où se trouvent la plupart des véhicules électriques), tandis que les usines de recyclage sont situées dans les provinces du centre. Les coûts de transport sont élevés (de 50 % à 100 % plus chers que pour le transport de marchandises ordinaires), ce qui rend difficile l’approvisionnement des usines du centre.
- Manque de connaissances chez les consommateurs : 48 % des personnes interrogées ne savent pas à qui confier leurs batteries usagées, ce qui les expose aux arnaques.
III. Pourquoi les acteurs informels peuvent-ils acheter les batteries à bas prix ? Les coûts de conformité sont beaucoup plus faibles
Les entreprises régulières doivent supporter des dépenses supplémentaires en matière de sécurité et d’environnement : elles doivent installer des installations de traitement des déchets (ce qui représente 5 % à 8 % du coût total), et les coûts de démantèlement sont plus élevés. Les petits ateliers, quant à eux, procèdent à un démantèlement brutal, sans se soucier des risques de fuites de liquides électrolytiques (pollution des sols et des eaux) ou d’explosions des batteries.
- Transport et entreposage : Les batteries usagées sont considérées comme des marchandises dangereuses, nécessitant des transporteurs qualifiés et des véhicules spécialisés ; les entreprises informels utilisent des camions ordinaires, économisant ainsi sur les frais de transport.
- Traçabilité : Les entreprises régulières doivent signaler l’itinéraire des batteries via une plateforme nationale de traçabilité, tandis que les acteurs informels agissent en toute discrétion pour éviter la réglementation.
IV. Comment remettre le recyclage des batteries sur la bonne voie ? Une approche globale impliquant politique, technologie et conception
Les experts proposent les mesures suivantes :
- À court terme : Renforcer la réglementation en appliquant strictement les “Mesures provisoires” et en imposant aux constructeurs automobiles et aux fabricants de batteries de recycler leurs produits. Les réparateurs et les centres de destruction de véhicules doivent également confier leurs batteries à des entreprises de recyclage agréées, sous peine de sanctions. Il est également nécessaire d’améliorer la traçabilité du cycle de vie complet des batteries (comme si elles avaient une “carte d’identité” permettant de suivre leur parcours depuis la production jusqu’au recyclage).
- À moyen terme : Améliorer les technologies en passant d’un démantèlement physique à un traitement métallurgique humide (qui permet d’extraire 98 % des métaux), puis en développant des méthodes permettant de recycler directement les matériaux des électrodes, afin de réduire les coûts et les émissions.
- À long terme : Optimiser la conception des batteries pour faciliter leur recyclage (par exemple, en utilisant des modules standardisés et moins de colle lors de la fabrication).
- Collaboration des consommateurs : Lors de la destruction d’un véhicule, il est essentiel de confier les batteries à des entreprises de recyclage agréées et de ne pas les vendre aux intermédiaires. Il conviendra également de suivre attentivement les informations fournies par les constructeurs automobiles concernant le recyclage de leurs produits.
V. Que doivent faire les propriétaires de véhicules ordinaires ?
1. Ne pas céder à la tentation des intermédiaires : Si quelqu’un propose de racheter vos batteries à un prix élevé, méfiez-vous ; il s’agit probablement d’une entreprise informelle pouvant représenter un risque pour la sécurité.
2. Recourir à des canaux officiels : Lors de la destruction d’un véhicule, confiez vos batteries à des entreprises spécialisées dans le recyclage agréées. Lors du changement de batterie, demandez aux concessionnaires ou aux constructeurs automobiles de s’en charger.
3. Superviser les constructeurs : Demandez où sont envoyées vos batteries usagées et exigez que les constructeurs rendent public l’itinéraire de leur recyclage pour favoriser une surveillance par le public.
En somme, le recyclage des batteries de puissance est une question cruciale, car il concerne à la fois la sécurité et l’environnement, ainsi que la réduction effective des émissions de CO2. Seul un système de recyclage efficace permettra de transformer les batteries usagées en ressources utiles, plutôt qu’en une menace pour l’environnement.