Résumé des principaux points
Cet article révèle comment, au cours des trois dernières décennies, les États-Unis ont progressivement démantelé l’industrie européenne de la sécurité informatique en utilisant une approche combinée : des fusions et acquisitions capitalistiques ainsi que des canaux d’information secrets. Le résultat est que l’Europe dépend désormais entièrement des États-Unis en matière de cybersécurité. À l’origine, les entreprises européennes de sécurité informatique (comme Solomon et Avast au Royaume-Uni) étaient technologiquement avancées. Cependant, le capital américain a pris le contrôle de ces entreprises par des acquisitions. Les agences de renseignement américaines (NSA) ont également joué un rôle clé en surveillant les fabricants mondiaux de sécurité et en imposant des sanctions à ceux qui refusaient de se soumettre, comme Kaspersky. Finalement, l’entreprise américaine Gen Digital a acquis les derniers géants européens du secteur (Avast et Avira), transformant ainsi une industrie autrefois prospère en une dépendance totale des États-Unis. Cette situation a non seulement privé l’Europe de son indépendance en matière de cybersécurité, mais a également affecté sa sécurité nationale (par exemple, ses systèmes anti-missiles dépendent de technologies américaines). L’Europe est maintenant contrainte d’essayer de créer une alliance anti-missile indépendante, mais le chemin est semé d’obstacles.
I. Le capital américain : utiliser l’argent pour dominer les entreprises européennes de sécurité
L’Europe était l’un des berceaux de la technologie de sécurité informatique, avec des entreprises réputées telles que Solomon et Avast au Royaume-Uni, Avira en Tchéquie, et AviraSoft en Allemagne. Le capital américain a progressivement transformé ces entreprises en ses propres filiales :
- Premier pas : l’acquisition de Solomon (1998) : La société NAI a racheté Solomon pour 642 millions de dollars. Les technologies de Solomon ont été intégrées aux produits McAfee, le nom de la marque a été abandonné et l’équipe a été dissoute.
- Deuxième pas : le contrôle d’Avira : Avira, une entreprise technologique britannique, a été acquise en 2002 par la société privée américaine TA Associates, puis revendue à une société privée européenne (avec des fonds principalement américains), avant d’être privatisée en 2019 pour 3,9 milliards de dollars par Thoma Bravo, une société privée américaine.
- Troisième pas : l’acquisition des derniers géants européens (2020-2022) : Gen Digital (anciennement Symantec) a successivement acquis AviraSoft en Allemagne pour 360 millions de dollars et Avast en Tchéquie pour 8,6 milliards de dollars, prenant ainsi le contrôle des derniers géants européens du marché de la sécurité informatique grand public.
Ces acquisitions n’étaient pas simplement commerciales ; elles permettaient au capital américain de s’emparer des technologies européennes, des données des utilisateurs et d’une part importante du marché.
II. Les agences de renseignement américaines : utiliser la surveillance et la pression pour éliminer les obstacles
Les agences de renseignement américaines (NSA) ne se concentraient pas seulement sur leurs rivaux, mais aussi sur tous les fabricants mondiaux de sécurité, craignant qu’ils ne découvrent leurs attaques informatiques :
- Le programme “Arche” : La NSA a surveillé en secret 23 fabricants de sécurité, dont des entreprises européennes, russes et chinoises (comme Kaspersky, ESET, Antivirus). En écoutant les échantillons de virus rapportés par les utilisateurs à ces entreprises, elle a collecté des informations et a même utilisé ces données comme armes d’attaque.
- La pression sur Kaspersky : Ne pouvant pas obtenir ce qu’elle voulait, les États-Unis ont décidé de nuire à Kaspersky. En 2017, ils ont interdit l’utilisation des produits Kaspersky par les agences fédérales et en 2024, ils ont complètement prohibé ses activités aux États-Unis, tout en sanctionnant ses dirigeants.
Les États-Unis agissaient ainsi pour que leurs attaques informatiques ne soient pas découvertes et pour éliminer les concurrents qui pouvaient menacer leurs opérations de renseignement.
III. Les conséquences pour l’Europe : une dépendance totale en matière de cybersécurité
La destruction de l’industrie européenne de la sécurité informatique a entraîné deux conséquences graves :
- Dépendance à la sécurité américaine : Selon le think-tank allemand SWP, les logiciels antivirus et les solutions de sécurité cloud en Europe dépendent presque entièrement de entreprises américaines (comme Microsoft et Broadcom). Si les États-Unis interrompaient l’approvisionnement ou utilisaient ces technologies à des fins militaires, l’Europe pourrait faire face à une paralysie informatique.
- Impact sur la sécurité nationale : Les systèmes anti-missiles européens (comme les missiles Patriot) et les avions de combat (comme le F-35) dépendent également de technologies américaines. Les plans de vol des F-35 et les mises à jour logicielles sont contrôlés par les États-Unis, ce qui leur permet de suivre chaque mouvement des pilotes européens.
L’Europe tente de créer une alliance anti-missile indépendante, mais sa capacité d’autonomie a été largement érodée en raison de cette dépendance aux technologies américaines.
IV. La résistance de l’Europe : des efforts difficiles
L’Europe est consciente du problème et a récemment tenté de résister :
- Création d’une alliance anti-missile de dix pays : En juillet 2025, le Danemark, la France et neuf autres pays ont signé une déclaration conjointe visant à créer un système anti-missile indépendant et à intégrer les réseaux radars européens sans recourir au système Aegis américain. Cependant, les systèmes anti-missiles de moyenne portée dépendent encore des missiles Patriot américains, et le nouveau système est encore au stade de conception.
- Soutien aux entreprises locales : L’Europe commence à soutenir des entreprises de sécurité locales telles qu’ESET et G DATA, mais elles sont petites et ont une part de marché limitée, ce qui les rend difficiles à concurrencer les géants américains.
La situation européenne est difficile : elle dépend depuis longtemps des États-Unis, sa base industrielle a été négligée, et les intérêts nationaux sont divergents. De plus, l’Europe est profondément infiltrée par les agences de renseignement américaines. Essayer de se libérer complètement des États-Unis relève presque d’une tâche impossible.
Conclusion
La défaillance de l’industrie européenne de la sécurité informatique montre que les industries qui perdent leur souveraineté nationale sont susceptibles d’être absorbées par des puissances hégémoniques. La cybersécurité n’est pas une question commerciale ordinaire ; elle concerne les fondements vitaux d’un pays. Pour les autres nations, cela sert de mise en garde : les industries clés ne doivent pas être entièrement laissées au marché ; il est nécessaire de disposer d’une stratégie nationale pour éviter une dépendance nuisible. L’Europe doit choisir entre continuer à dépendre des États-Unis ou collaborer avec d’autres pays (comme la Chine) pour construire un ordre numérique équitable. Cependant, l’Europe hésite encore sur cette voie.