虎嗅

**Les interactions sociales en ligne des jeunes se détériorent insidieusement.**

原文:年轻人的网络社交,正在偷偷“鸽化”

Résumé des points clés

Récemment, deux applications sociales américaines qui utilisent des oiseaux virtuels pour envoyer des messages ont soudainement connu un grand succès : Carrier Pidge et Roost. Elles font exprès de ralentir considérablement la transmission des messages (par exemple, il peut falloir plus de dix heures pour qu’un message atteigne une autre ville) et il y a même 0,2 % de chances que le message soit perdu. Pourtant, elles ont connu un succès phénoménal auprès des jeunes (plus de 500 000 utilisateurs au total). Derrière ce succès se trouve la rébellion des jeunes contre la pression des messageries instantanées (comme WeChat) qui exige des réponses immédiates et crée une anxiété constante : utiliser la “lenteur” pour transformer l’attente en anticipation, et offrir aux utilisateurs une excuse décente pour ne pas répondre tout de suite. Cependant, ce type de socialisation “lente” fait face à des défis, tels que la perte de nouveauté et le paradoxe de la commercialisation.

I. Pourquoi les jeunes aiment-ils soudainement ces messages “incroyablement lents” ?

Les messageries instantanées actuelles sont trop compétitives : les messages arrivent en quelques secondes et on peut même voir que l’autre personne est en train de répondre, ce qui crée une pression énorme : il faut répondre immédiatement, sinon on risque de donner l’impression de ne pas être sérieux. De plus, voir que l’autre personne est en train de répondre sans pouvoir recevoir de message provoque de l’anxiété.

Les jeunes en ont assez de cette sensation d’être “enlevés” par la technologie. Ces deux applications ciblent justement ce point douloureux : les messages ne doivent pas être répondu immédiatement, mais plutôt attendre que l’oiseau virtuel arrive, sans savoir à quel moment. Par exemple, avec Carrier Pidge, un message envoyé de Los Angeles à New York met 22 heures à arriver ; on ne peut que regarder la carte et attendre que l’oiseau vole, ce qui transforme l’attente en anticipation, plutôt que de se demander anxieusement pourquoi personne ne répond.

Ce qui est encore plus intéressant, c’est l’incertitude : il y a 0,2 % de chances que l’oiseau se perde et que le message disparaisse définitivement. Cela rend les messages encore plus précieux, un peu comme une lettre écrite sur papier qui peut se perdre, mais qui rend la réception encore plus agréable ; cela offre également aux deux parties une excuse : “Ce n’est pas que je ne veux pas répondre, c’est que l’oiseau est mort.”

II. Comment fonctionnent ces deux applications de messagerie à l’aide d’oiseaux ?

Les deux applications ont des fonctionnalités différentes, mais le principe fondamental est le mélange de “lenteur” et de “divertissement” :

1. **Carrier Pidge** : une expérience “minimaliste” avec des oiseaux virtuels

  • Comment envoyer un message ? Après avoir ajouté une personne en ami, chaque message est attaché à la patte d’un oiseau virtuel. Le GPS calcule la distance entre vous et l’autre personne, et le temps de livraison est déterminé en fonction de la vitesse de l’oiseau (177 km/h).
  • Des “petits tracas intentionnels” : la vitesse de l’oiseau fluctue aléatoirement (±25 %), et il peut y avoir des retards supplémentaires ; le pire, c’est que 0,2 % des oiseaux meurent, et les messages disparaissent définitivement (sans possibilité de réenvoi ou de sauvegarde).
  • Une sensation de ritualité sociale : la liste des amis s’appelle “la volée d’oiseaux”, et les conversations sont stockées dans une “pension pour oiseaux”. Si l’oiseau meurt, il faut acheter un nouvel oiseau. Les développeurs disent clairement que l’application n’a aucune utilité pratique, mais c’est justement cette “inutilité” qui détend les jeunes.

2. **Roost** : un “univers social avec des oiseaux”

  • Plus que des oiseaux : vous pouvez choisir des pigeons gris, des faucons, des colibris ou même des phénix pour envoyer des messages (la vitesse dépend de l’espèce réelle ; le faucon est le plus rapide, et le escargot le plus lent). Le choix de l’oiseau est en soi un moyen d’exprimer quelque chose : envoyer un message à la personne que vous aimez en secret, choisir un escargot ou un faucon ? C’est plus intéressant que le contenu du message lui-même.

III. En quoi ces applications de messagerie à l’aide d’oiseaux diffèrent-elles des précédentes ?

Il y avait déjà des applications de socialisation lentes (comme Slowly), mais il y a des différences importantes cette fois :

  • Slowly avait une ambiance “bohème” : elle visait à connecter des correspondants du monde entier, encourageait l’écriture de lettres longues et des discussions approfondies, et incluait un système de collection de timbres, comme une correspondance par courrier électronique.
  • Cette fois, c’est l’opposé : les développeurs de Carrier Pidge disent clairement que l’application est inutile, et les utilisateurs de Roost utilisent de l’anglais ancien pour envoyer des messages inutiles. Ils ne cherchent pas à “ralentir pour réfléchir à la vie”, mais à utiliser la “lenteur” comme un moyen de se détendre, en contrant la pression des messageries instantanées de manière humoristique.

En bref, les applications de socialisation lentes précédentes étaient “sérieuses”, tandis que celles-ci sont “amusantes”, et correspondent mieux aux goûts de la génération Z.

IV. La commercialisation de la “lenteur” : est-elle possible et durable ?

Les deux applications tentent de se monétiser, mais elles rencontrent de nombreux problèmes :

1. **Méthodes de monétisation**

  • Carrier Pidge : il faut acheter de nouveaux oiseaux virtuels en cas de perte (paiements de petites sommes).
  • Roost : des abonnements payants pour déverrouiller des espèces d’oiseaux rares, et des événements sont organisés chaque semaine pour retenir les utilisateurs.

2. **Le plus grand défi : que faire une fois que la nouveauté s’estompe ?**

Les applications sociales sont amusantes quand il y a beaucoup d’utilisateurs, mais si tout le monde perd intérêt, les oiseaux virtuels n’auront plus de raison d’exister… La croissance rapide peut aussi signifier une disparition rapide.

3. **Le paradoxe de la commercialisation**

Le système de développement des oiseaux de Roost semble amusant, mais il crée également de nouvelles anxiétés : on entraîne les oiseaux pour qu’ils volent plus vite, on améliore leur “nid” pour déverrouiller des espèces rares… Cela suit la même logique que d’autres applications qui vous obligent à être actif. C’est comme les applications de méditation qui vous encouragent à méditer : une fois que la “contre-productivité” devient un moyen de gagner de l’argent, elle est absorbée par la logique de l’efficacité.

Le plus ironique, c’est que la vraie lenteur n’a pas besoin d’applications ; il suffit de ne pas répondre aux messages. Mais les jeunes ont besoin des oiseaux virtuels comme prétexte pour ne pas répondre immédiatement. Cela montre qu’ils ne veulent pas être contraints par les règles qui exigent des réponses instantanées.

V. Quelle est l’émotion de l’époque qui se cache derrière cela ?

Le succès de ces applications n’est pas fortuit ; il reflète la rébellion des jeunes contre le “enlèvement” par la technologie :

  • Ils utilisent les derniers modèles d’iPhone 16 pour télécharger ces applications lentes et la 5G pour regarder les oiseaux voler… Ce n’est pas contre la technologie en soi, mais contre l’idée que la technologie nous oblige à être constamment en ligne.
  • Ce qu’ils veulent “perdre” avec ces applications, ce n’est pas les messages eux-mêmes, mais le contrat invisible qui exige des réponses immédiates. Les oiseaux virtuels leur offrent une excuse décente : “Ce n’est pas que je ne veux pas répondre, c’est que l’oiseau est mort.”

Cette rébellion est aussi fragile : si les applications disparaissent, les jeunes reviendront à la pression des messageries instantanées. Mais pour l’instant, ils ont trouvé un moyen temporaire de se détendre : transformer l’attente en anticipation, plutôt qu’en anxiété.

En résumé : Les jeunes utilisent des oiseaux virtuels pour lutter contre l’ère des messageries instantanées qui sont trop rapides et stressantes. Bien que cela ne soit peut-être qu’un passe-temps temporaire, cela exprime leur désir de ne pas être contraints par les règles imposées par la technologie, et de prendre leur temps.