Résumé des points clés
En février 2026, les États-Unis et le Bangladesh ont signé un accord commercial mutuellement avantageux. Pour le Bangladesh, il s’agissait d’une négociation visant à « éviter de plus grands dommages » : les États-Unis envisageaient initialement d’imposer des droits de douane de 37 %, mais ces droits ont finalement été réduits à 19 %, et des concessions tarifaires zéro ont été accordées pour les vêtements fabriqués à partir de coton américain. Cependant, l’accord est accompagné de nombreuses obligations inéquitables (le Bangladesh doit respecter 131 obligations, contre seulement 6 pour les États-Unis), ce qui pourrait affecter ses relations avec l’Inde, l’Union européenne et la Chine. Pour en tirer réellement profit, le Bangladesh doit s’appuyer sur la surveillance parlementaire, l’ajustement de son industrie et la coordination diplomatique afin de transformer cet accord, dans un contexte défavorable, en une plateforme de développement à long terme.
I. Pourquoi le Bangladesh devait-il signer cet accord ? — Une option désespérée pour préserver ses emplois
L’économie du Bangladesh repose presque entièrement sur l’industrie du vêtement : lors de l’exercice budgétaire 2024-2025, les exportations de vêtements représentaient 82 % du total des exportations et employaient 4 millions de travailleurs, principalement des femmes rurales. Les États-Unis constituent son deuxième plus grand marché, avec 19 % des exportations de vêtements. Si les États-Unis avaient imposé des droits de douane de 37 %, les produits bangladais n’auraient plus été compétitifs sur le marché américain : les commandes auraient été accaparées par le Vietnam et le Cambodge, les usines auraient fermé, les travailleurs auraient perdu leur emploi, et les revenus en devises étrangères ainsi que la capacité d’importation du pays auraient chuté. Ainsi, signer cet accord n’était pas une question de « gagner de l’argent », mais de « survivre ».
II. Les concessions tarifaires zéro sont-elles vraiment avantageuses ou une embuscade ? — Échanger du coton américain contre de la compétitivité sur le marché
L’élément le plus notable de l’accord est la « voie de circulation tarifaire zéro » : les vêtements fabriqués à partir de coton ou de fibres synthétiques américains peuvent entrer sur le marché américain sans frais de douane. Cela représente un réel avantage pour le Bangladesh, car les droits de douane zéro permettent à ses produits de se vendre plus cher sur le marché américain, au même niveau que ceux du Vietnam et du Cambodge (dont les droits de douane ont également été réduits à environ 19 %).
Cela signifie toutefois que le Bangladesh doit changer ses habitudes d’achat de matières premières : jusqu’à présent, il dépendait presque entièrement des importations de coton, avec l’Inde en tant que principal fournisseur (23 % des importations de coton en 2024). Pour bénéficier des concessions tarifaires zéro, il doit désormais acheter du coton américain. Bien que le coton américain soit plus cher que celui de l’Inde de 5 à 10 %, les coûts de transport maritime et les fluctuations de prix sont plus maîtrisables, et les avantages des droits de douane zéro peuvent compenser ces coûts, tout en rendant la chaîne d’approvisionnement plus stable (le coton américain est produit en grandes quantités et de qualité uniforme).
III. À quel point les dispositions inéquitables de l’accord sont-elles préjudiciables ? — Le Bangladesh doit respecter 131 obligations, tandis que les États-Unis n’en ont que 6
De nombreux critiques qualifient cet accord d’« inéquitable », car le Bangladesh doit respecter 131 obligations (comme les normes de travail, la propriété intellectuelle, les règles du commerce numérique), tandis que les États-Unis n’ont promis que 6. Il faut toutefois considérer les choses objectivement :
- Certaines dispositions sont des modèles standard utilisés dans les accords signés par les États-Unis avec d’autres pays (comme l’arrêt temporaire des droits de douane sur les transferts électroniques, la reconnaissance des normes américaines) et ne sont pas spécifiques au Bangladesh ;
- Les dispositions vraiment strictes sont celles qui interdisent au Bangladesh de signer des accords avec des « pays à économie non de marché » (comme la Chine) et permettent aux États-Unis d’annuler les concessions tarifaires à tout moment.
Ces dispositions imposent certes des contraintes au Bangladesh, mais elles ne sont pas inacceptables : le pays peut exercer un contrôle par le biais de la surveillance parlementaire, par exemple en créant des comités spéciaux pour examiner le contenu de l’accord et clarifier quels éléments sont essentiels et lesquels sont des modèles, afin de ne pas être manipulé par les États-Unis.
IV. Quels pays sont affectés par cet accord ? — L’industrie cotonnière indienne est menacée, et les relations avec l’UE et la Chine doivent être coordonnées
1. Inde : Le tournant vers le coton américain pourrait nuire aux exportations de coton indiennes (2,7 milliards de dollars en 2024), et les actions des entreprises textiles indiennes ont déjà chuté. Le Bangladesh doit communiquer avec l’Inde pour expliquer que cette décision est une stratégie économique et non dirigée contre elle.
2. Union européenne : Le Bangladesh cherche à obtenir des concessions tarifaires GSP+ de l’UE (un traitement spécial pour les pays pauvres), mais il y a des conflits de règlements entre les États-Unis et l’UE : par exemple, les États-Unis considèrent certains noms de produits comme des « noms génériques », tandis que l’UE veut protéger les « indications géographiques » ; les États-Unis soutiennent la libre circulation des données transfrontalières, tandis que l’UE insiste sur la protection de la vie privée. Le Bangladesh doit coordonner ses règlements avec ceux de l’UE pour éviter de s’aliéner cette dernière.
3. Chine : La Chine est un fournisseur important d’équipements, de financements pour les infrastructures et de produits intermédiaires pour le Bangladesh. Les dispositions de l’accord qui restreignent la coopération avec les pays à économie non de marché pourraient affecter les relations entre les deux pays. Le Bangladesh doit clarifier que la signature de cet accord avec les États-Unis ne remettra pas en question sa coopération avec la Chine.
V. Comment le Bangladesh peut-il surmonter ces contraintes ? — Trois approches pour transformer ces contraintes en opportunités de développement
Pour transformer cet accord en une opportunité de développement, le Bangladesh doit prendre les mesures suivantes :
1. Mettre en œuvre rapidement la voie de circulation tarifaire zéro : élaborer un calendrier d’achat de coton américain avec les associations de l’industrie du vêtement, mettre en place un système de certification et permettre aux entreprises d’accéder aux concessions tarifaires zéro le plus rapidement possible, afin de devancer ses concurrents.
2. Supervision parlementaire : créer des comités spéciaux pour examiner l’accord, mener des débats publics et clarifier les responsabilités, afin que l’accord bénéficie d’un soutien démocratique et éviter que les autorités administratives ne l’utilisent de manière arbitraire.
3. Coordination diplomatique : communiquer avec l’UE pour expliquer que l’accord avec les États-Unis est complémentaire et non substitutif aux concessions GSP+ ; expliquer les changements concernant l’achat de coton à l’Inde ; maintenir des relations amicales avec la Chine et souligner que la coopération ne sera pas modifiée.
4. Promouvoir des réformes nationales : transformer les obligations de l’accord en moteurs de réformes intérieures (comme l’amélioration des conditions de travail et le renforcement de la protection de la propriété intellectuelle), ce qui permettra non seulement de répondre aux exigences des États-Unis, mais également d’attirer plus d’investissements internationaux.
5. Collaborer avec d’autres pays : négocier avec des pays tels que le Vietnam et le Cambodge qui ont également signé des accords similaires pour obtenir des dispositions plus équitables et passer d’un statut de simple destinataire des règles à un statut de participant actif à leur élaboration.
En somme, cet accord n’est ni une victoire ni un désastre : tout dépend de la capacité du Bangladesh à en tirer parti activement, en transformant les avantages tarifaires à court terme en une force de développement à long terme. Si les efforts sont bien menés, cela permettra non seulement de préserver l’industrie du vêtement, mais aussi de promouvoir des réformes intérieures et d’ouvrir de nouvelles perspectives de coopération internationale.