Bonjour ! Je suis votre ami analyste financier. L’article que nous allons aborder aujourd’hui sur les systèmes de stockage d’énergie domestique de Tesla (Powerwall) soulève en réalité un mythe courant, surtout chez le grand public et même à l’extérieur de l’industrie : nous avons tendance à penser que Tesla est forte dans la fabrication de voitures, mais en réalité, ses activités les plus rentables et les plus difficiles à imiter sont peut-être la vente et le stockage d’électricité.
La logique de cet article est très claire, et même un peu contre-intuitive : pourquoi le produit de stockage d’énergie de Tesla, qui est présenté comme “plus puissant que les voitures Tesla”, n’a-t-il qu’une seule page d’introduction sur le site officiel chinois, sans prix ni possibilité d’achat ? La réponse ne réside ni dans une technologie insuffisante, ni dans une réticence de la part de l’entreprise, mais dans les différences significatives entre les réseaux électriques des États-Unis et de la Chine, ainsi que dans les logiques commerciales respectives.
Voici une analyse détaillée en cinq points pour vous aider à comprendre pleinement les enjeux.
1. La “deuxième courbe de croissance” de Tesla : les ventes de voitures diminuent, tandis que celles d’énergie augmentent
Il faut d’abord corriger une perception erronée : beaucoup de gens ne voient chez Tesla que les modèles Model 3 et Model Y. Cependant, en consultant le rapport financier de Tesla pour 2025, on constate un contraste surprenant :
- Activité automobile : les revenus ont diminué de 10 %, les ventes de 8,6 %, et le taux de marge brute n’est que de 17,8 % (c’est-à-dire que la marge bénéficiaire par voiture vendue est en baisse).
- Activité énergie et stockage : les revenus ont augmenté de 27 %, avec un volume d’installation de systèmes de stockage record, et le taux de marge brute atteint 29,8 %.
Interprétation simple :
C’est comme si une entreprise de restauration, qui gagnait principalement sur la vente de hamburgers, constatait que les profits sur ces produits diminuaient, mais découvrait que la vente de boîtes isothermes pour livraisons et la fourniture d’équipements de cuisine étaient plus rentables. Musk a déjà indiqué que la croissance de l’activité de stockage d’énergie dépasserait celle des voitures électriques. Ainsi, Tesla est en train de devenir une entreprise d’exploitation énergétique, et le Powerwall est son produit phare dans ce nouveau domaine.
2. Pourquoi le Powerwall est-il un “outil essentiel” aux États-Unis et “inutile” en Chine ?
C’est l’aspect le plus essentiel de l’article. La conception du Powerwall (qui intègre batterie, onduleur et interrupteur dans une seule boîte) est directement liée à l’environnement électrique américain :
- Problèmes aux États-Unis :
- Pannes fréquentes : en 2024, les résidents américains ont subi en moyenne 11 heures de coupure de courant par an, soit le double par rapport à il y a dix ans. Dans le sud de la Caroline, la durée moyenne des pannes atteint même 53 heures.
- Infrastructures vétustes : l’Institut des ingénieurs civils américains a donné une note “D+” à le réseau électrique national, avec 70 % des installations dépassant leur durée de vie utile.
Nécessité de survie : en Amérique, installer un système de stockage d’énergie à la maison est comme acheter un extincteur pour se préparer aux ouragans et aux tempêtes. Le Powerwall dispose même d’une fonction appelée “Storm Watch” qui charge automatiquement la batterie en cas d’alerte de tempête.
Incitation politique : le gouvernement fédéral offre une déduction fiscale de 30 % (bien que cette mesure prenne fin à la fin de 2025), ce qui a stimulé la demande.
Situation en Chine :
- Réseau électrique solide : en 2025, la durée moyenne des coupures de courant dans le pays était de seulement 6,04 heures, et elle continue de diminuer. Dans les zones urbaines de Pékin et Shanghai, elle est inférieure à 1 heure par an.
- Aucune nécessité absolue : si vous vivez à Pékin ou à Shanghai, les coupures de courant ne durent généralement que quelques dizaines de minutes. Investir des dizaines de milliers de yuans dans un système de stockage d’énergie n’est pas rentable.
Conclusion :
Le Powerwall répond à des problèmes spécifiques aux États-Unis, pas à ceux de la Chine. Sa efficacité repose sur l’instabilité du réseau électrique américain.
3. L’installation de systèmes de stockage d’énergie dans les foyers chinois ne se justifie pas économiquement
Puisque les coupures de courant sont rares en Chine, pourrait-on installer un tel système pour économiser de l’argent ? Par exemple, en stockant de l’électricité le soir à bas prix et en l’utilisant le jour à haut prix (pour profiter des différences tarifaires) ?
L’article indique que cette approche est de plus en plus difficile :
- Différences tarifaires : les différences entre les prix de l’électricité pendant les heures de pointe et de basse consommation ont diminué, passant de 0,83 yuans à 0,5 yuans dans certaines régions.
- Période de remboursement allongée : le temps nécessaire pour récupérer l’investissement est passé de 5,4 ans à 9,1 ans, ce qui rend cet investissement moins attractif pour les ménages ordinaires.
- Contraintes physiques : la plupart des résidents urbains chinois vivent dans des immeubles où les toits sont propriétés de l’administration, et les individus n’ont pas le droit d’en utiliser. Seuls les propriétaires de villas ou de maisons individuelles disposent de toits disponibles.
- Données : au premier trimestre 2025, la croissance des installations de stockage d’énergie chez les particuliers et les petites entreprises a chuté de 50 % par rapport à l’année précédente.
Interprétation simple :
En Chine, l’installation de systèmes de stockage d’énergie n’est ni nécessaire pour se protéger des coupures de courant (car elles sont rares), ni économiquement avantageuse en raison des petites différences tarifaires. Ainsi, le marché domestique n’est pas le principal marché pour ces produits.
4. Les entreprises chinoises ne “n’osent pas imiter” Tesla, mais “sont déjà présentes à l’étranger”
L’article évoque une idée répandue selon laquelle les entreprises chinoises n’oseraient pas commettre d’erreurs et ne développeraient pas de produits similaires au Powerwall. L’auteur affirme que cette idée est fausse :
Les entreprises chinoises de stockage d’énergie comprennent bien le marché ; elles ont simplement choisi de le développer à l’étranger plutôt que sur le marché national :
- Deye Co., Ltd. : leader mondial des onduleurs pour le stockage domestique (20,6 % de part de marché), avec 79,7 % à 87,6 % de ses revenus à l’étranger.
- Pinen Technology et Airo Energy : leurs revenus à l’étranger représentent également entre 80 % et 98 % de leur chiffre d’affaires total.
Interprétation simple :
C’est comme si des chefs chinois, excellents dans la cuisine chinoise, ouvraient des restaurants aux États-Unis, en Europe ou en Australie, où leur cuisine est très appréciée. Tesla a également construit une usine à Lingang, à Shanghai, avec une capacité de production de 26 gigawatt-heures en 2025, soit 55,7 % de sa production mondiale de stockage d’énergie. Ces batteries sont principalement exportées vers l’Australie, l’Europe et le Japon, et non vers les ménages chinois.
La différence : les entreprises chinoises disposent de technologies solides, mais leur part de marché est faible sur le marché nord-américain (seulement 4,7 % pour Deye). La différence ne réside pas dans la technologie, mais dans la marque, les canaux de distribution, les certifications et les services locaux. Elles ont réussi en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique latine, mais pas encore aux États-Unis.
5. La véritable différence : passer de la simple vente de produits à la fourniture de services
L’article soulève une question plus profonde : Tesla vend-elle vraiment seulement des batteries ?
Non. Tesla connecte les batteries installées dans des millions de foyers grâce à des logiciels pour créer un vaste “usine électrique virtuelle” (VPP – Virtual Power Plant).
- Action majeure pour 2026 : Tesla a signé des contrats pour des projets de VPP d’une capacité totale de 16,8 gigawatt avec des entreprises comme Sunrun.
- Amélioration du modèle économique : auparavant, l’entreprise vendait des produits matériels (batteries et onduleurs) ; aujourd’hui, elle gagne de l’argent en exploitant l’énergie. Lorsque le réseau électrique a besoin d’électricité, Tesla peut commander aux batteries de fournir de l’énergie ; lorsqu’il y a un excès d’électricité, elle peut commander aux batteries de la stocker. C’est comme transformer des millions de batteries portables en un immense actif énergétique négociable.
Interprétation simple :
Les entreprises chinoises sont encore principalement dans la phase de vente de produits matériels, c’est-à-dire de batteries et d’ondulateurs, et gagnent de l’argent grâce à la fabrication. Tesla, quant à elle, est déjà passée à la fourniture de services et à l’exploitation de l’énergie.
Résumé et leçon à retenir :
Le Powerwall ne se vend pas bien en Chine parce que le réseau électrique est très fiable et que cette technologie n’est pas nécessaire. Pour les ménages chinois, il n’est pas nécessaire de suivre cette tendance sans raison particulière, sauf en cas de besoin d’indépendance énergétique ou si vous possédez une villa. Pour l’industrie chinoise, le véritable défi n’est pas de reproduire le modèle de Tesla, mais de développer de nouvelles activités basées sur les avantages de son propre réseau électrique, comme des services avancés en matière de gestion de l’énergie, de gestion des émissions de carbone ou de planification intelligente de l’énergie.
En résumé :
Le Powerwall est une solution aux problèmes spécifiques du réseau électrique américain, mais le réseau chinois est suffisamment solide pour ne pas avoir besoin de ce type de système. Les entreprises chinoises ont l’opportunité de se concentrer sur le développement de nouvelles activités énergétiques, en utilisant les atouts de leur propre réseau électrique.