Le “jeu des pouvoirs” d’une carte : pourquoi l’ONU vote-t-elle pour changer la carte du monde ?
Bonjour à tous, je suis votre journaliste financier et économiste. L’actualité que nous allons aborder aujourd’hui peut sembler un peu “mystérieuse” à première vue : l’ONU va voter pour décider quelle carte utiliser ? Mais derrière cela se cache en réalité une grande lutte pour le droit de parole, l’hégémonie cognitive et la répartition des intérêts mondiaux.
Laissons de côté les termes géographiques complexes et expliquons cela simplement en langage compréhensible.
Résumé des faits clés
Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution visant à changer la manière dont le monde est représenté sur les cartes. 164 voix ont voté en faveur, seule l’Amérique a voté contre, et 6 pays se sont abstenus. Cette résolution, initiée par le Togo et soutenue par l’Union africaine, a pour objectif principal de mettre fin au monopole de la projection de Mercator dans l’éducation publique et la perception internationale, en préférant la projection “Égal Terre”, qui est plus fidèle à la réalité géographique.
En d’autres termes, l’ONU reconnaît officiellement que la carte que nous avons l’habitude de voir depuis plus de 400 ans – celle où le Groenland semble de la même taille que l’Afrique – est déformée : elle réduit systématiquement la taille de l’Afrique et des régions équatoriales, tout en agrandissant les régions des hautes latitudes en Europe et en Amérique. Ce vote marque une tentative des pays du Sud (en particulier l’Afrique) de reprendre le contrôle de leur représentation dans la perception mondiale, pour corriger un “préjugé visuel” qui dure depuis quatre siècles.
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Analyse approfondie : comprendre cette “révolution cartographique” sous cinq angles
1. Le piège visuel : pendant combien d’années avez-vous été “abusés” ?
Tout d’abord, il est important de comprendre pourquoi une carte peut susciter autant de controverses : la projection de Mercator est en effet un véritable mensonge visuel.
- La vérité contre l’illusion : Sur une carte de Mercator traditionnelle, le Groenland semble de la même taille que le continent africain. Or en réalité, la superficie de l’Afrique est 14 fois celle du Groenland. Si l’on y incluait les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Japon et presque tous les pays européens, il resterait encore de la place.
- Le principe est simple : cette projection a été conçue au XVIe siècle pour les navigateurs européens. Elle projette la Terre sur une surface cylindrique, ce qui permet de maintenir les directions correctes (ce qui est pratique pour la navigation), mais a pour inconvénient de allonger les surfaces à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Ainsi, le Groenland, le Canada et la Russie, situés près du pôle Nord, sont “agrandis”, tandis que l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est sont “réduits”.
- Les conséquences : En grandissant avec de telles cartes, nous avons inconsciemment développé l’idée que les pays européens et américains sont importants et puissants, tandis que l’Afrique est petite et marginale. Ce biais cognitif a influencé notre perception du monde plus profondément que n’importe quel manuel scolaire.
2. L’hégémonie cognitive : les cartes ne sont pas des décorations, ce sont des “cartes du pouvoir”
Le ministre des Affaires étrangères du Togo a dit quelque chose d’important : “Les cartes ne sont jamais des décorations.” Cela souligne l’essence du problème : les cartes sont un outil de pouvoir.
- Qui définit le monde, a le droit de parole : Pendant 400 ans, la projection de Mercator a été l’option “par défaut” car elle servait l’expansion coloniale européenne et l’hégémonie maritime. Lorsque l’Europe dominait le monde, elle voulait que ses territoires paraissent plus grands et plus centraux.
- La formation de la perception : Un enfant qui apprend à lire une carte où l’Afrique semble petite aura du mal à accorder de l’importance à ce continent à l’âge adulte. Ce mépris visuel se traduit par un mépris des ressources et de l’attention accordées à l’Afrique sur la scène internationale.
- Corriger les erreurs, c’est restaurer la dignité : Le ministre des Affaires étrangères français a déclaré : “Corriger une représentation déformée, c’est déjà un acte de vérité.” Il ne s’agit pas seulement de changer la façon de dessiner les choses, mais aussi des pays africains qui disent : “Nous en avons assez d’être représentés de manière dénigrante ; nous voulons apparaître sur la scène mondiale tels que nous sommes réellement.” C’est une lutte pour l’égalité sur le plan psychologique.
3. Le moment opportun et les motivations : pourquoi maintenant ? Pourquoi l’Afrique ?
Techniquement, la projection “Égal Terre” existait déjà en 2018, et les cartes interactives “à taille réelle” étaient disponibles depuis 2015. Pourquoi le changement n’a-t-il eu lieu qu’en 2026 à l’ONU ?
- Un tournant géopolitique : Auparavant, l’ordre international était défini par l’Occident, et les pays africains étaient souvent des “réactifs”. Aujourd’hui, avec l’émergence du Sud mondial, les pays africains commencent à définir eux-mêmes l’ordre des choses. Un rédacteur en chef tanzanien a commenté : “L’Afrique tente de mettre ses préoccupations sur l’agenda international.”
- La force de la voix collective : Le vote de 164 contre 1 montre que les pays africains ont réussi à unir leur voix, ce qui est rare. À l’ONU, la voix d’un seul pays africain est faible, mais 54 pays unis peuvent influencer les règles.
- Des enjeux non techniques : Si cela n’était qu’une question technique, le changement aurait déjà eu lieu. Le changement intervient maintenant parce que le moment est venu de redistribuer le pouvoir de parole. L’Amérique s’y oppose parce qu’elle est habituée à l’ordre actuel ; l’Afrique le promeut parce qu’elle veut le renverser.
4. L’“exception” de la Chine : nous l’avons déjà fait
Un point surprenant pour les lecteurs chinois : les cartes du monde officiellement publiées en Chine n’utilisent jamais la projection de Mercator.
- La projection de Fang Bingyan : En 1963, le cartographe chinois Fang Bingyan a conçu la “projection à plusieurs cônes à différences de latitude”. Cette projection optimise la représentation des environs de la Chine tout en maintenant une déformation des surfaces dans des limites raisonnables à l’échelle mondiale.
- Résultat : Sur les cartes chinoises, l’Afrique semble beaucoup plus grande que le Groenland, sans l’illusion que le Groenland soit énorme.
- Une leçon : Il n’existe pas de “technologie neutre” ; il y a toujours un choix de positionnement. La Chine a réalisé il y a 60 ans que les projections cartographiques doivent servir les besoins cognitifs du pays et une vision équitable du monde. Alors que les pays européens et américains n’ont officiellement corrigé leurs cartes qu’en 2026 à l’ONU, cela montre que différentes civilisations ont des compréhensions différentes de la “vérité” et de l’“équité”.
5. Les conséquences futures : le changement de carte peut-il changer le monde ?
La résolution de l’ONU est prudente : elle ne proscrit pas l’utilisation de la projection de Mercator dans les domaines professionnels tels que la navigation, mais souligne que des projections plus réalistes devraient être utilisées dans l’éducation, les informations publiques et les comparaisons intercontinentales.
- Une réforme cognitive : Le journal sud-africain “Business Daily” a écrit : “Plus une personne s’efforce de paraître plus puissante qu’elle ne l’est en réalité, plus elle a tendance à paraître insignifiante.” Il en va de même pour les cartes. Lorsque l’Afrique retrouvera sa véritable taille sur les cartes, la perception mondiale de son potentiel économique, de son dividende démographique et de sa valeur des ressources pourrait changer.
- Une réforme de l’éducation : Des universitaires camerounais suggèrent que les pays africains devraient réformer leurs programmes d’enseignement de géographie, d’histoire et d’économie pour que les jeunes voient une Afrique authentique dès leur plus jeune âge. Cela concerne non seulement les cours de géographie, mais aussi l’identité nationale.
- Effets à long terme : Le changement de carte n’aura pas de conséquences immédiates, mais l’inertie cognitive sera brisée. Les négociations internationales, la répartition des ressources et l’influence culturelle des prochaines décennies pourraient être influencées par cette “justice visuelle”.
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Conclusion : Une carte, une bataille pour la dignité
Le représentant américain a qualifié cela de “projet idéologique radical”, ce qui est ironique. En effet, persister à utiliser une carte déformée est en soi une forme d’idéologie – elle entretient l’illusion de la supériorité visuelle des régions des hautes latitudes.
Pour l’Afrique, ce changement de carte n’est pas seulement une mise à jour technique, mais aussi une “réhabilitation cognitive”. Cela montre au monde que nous ne sommes pas des “petits acteurs” ; nous sommes un continent avec 1,4 milliard d’habitants, 54 pays et une véritable importance.
La carte a changé, mais la façon de voir le monde doit changer.
C’est la logique économique et sociale la plus profonde derrière ce vote de l’ONU.