虎嗅

La liste des 321 500 soldats morts pendant la guerre de résistance est à jamais gravée sur le monument de l'histoire.

原文:32.15万抗战阵亡将士名录,永远镌刻在历史的丰碑上

De l’obsession d’un homme aux noms de 320 000 personnes : L’histoire et la nature humaine derrière un recensement des martyrs de la résistance contre l’occupation japonaise

En tant que journaliste financier, je me concentre habituellement sur le PIB, les fluctuations boursières et les rapports financiers des entreprises. Aujourd’hui, je souhaite vous présenter un “actif” particulier : il n’a pas de valeur boursière, mais il pèse lourd ; il ne génère pas de flux de trésorerie, pourtant il nourrit l’esprit de nombreuses personnes.

Il s’agit du “Recensement des soldats morts au combat pendant la résistance contre l’occupation japonaise”, réalisé par Wang Wei, 70 ans, et un groupe de bénévoles, sur une période de 5 ans. Ce recensement contient 321 500 noms et informations précises, et s’étend sur 4,5 mètres de long.

Dans la société moderne au rythme rapide, nous avons tendance à résumer tout en chiffres. Mais derrière chaque numéro de ce recensement se trouve une vie humaine, une histoire familiale oubliée, et une longue bataille menée par des personnes ordinaires contre l’oubli.

Ci-dessous, je vais vous expliquer l’histoire, la logique et la valeur de ce recensement à travers cinq dimensions, en utilisant un langage simple et compréhensible.

---

I. L’origine : De “Qui était mon grand-père ?” à “Qui étaient-ils ?”

Comment la quête personnelle d’un homme est-elle devenue un projet de mémoire collective ?

L’histoire commence de manière très personnelle, voire un peu mystérieuse.

Le protagoniste, Wang Wei, a 70 ans et est originaire du Guizhou. Quand il était enfant, sa grand-mère lui racontait l’histoire de son grand-père : un officier qui est mort en combattant les Japonais à Shanghai et a été enterré au Yuhuatai à Nanjing. Mais Wang Wei avait une question : son grand-père s’appelait Yang, et pourtant lui, il s’appelle Wang. Il a appris plus tard que, en raison du nombre important d’enfants dans la famille, il avait été adopté par son oncle et avait donc changé de nom.

En 1987, Wang Wei a trouvé par hasard un livre intitulé “La bataille de Shanghai du 18 août” dans une librairie de Guiyang, qui contenait une photo avec la légende : “Yang Jie, lieutenant-colonel de la première brigade de la première division de la première armée, mort au pont Xitang”.

À ce moment-là, ses souvenirs d’enfance ont été réveillés. Wang Wei a commencé à chercher des preuves avec acharnement : des photos anciennes de la famille, des négatifs, des certificats de pension délivrés par le gouvernement nationaliste, ainsi que des témoignages d’anciens camarades de l’Académie militaire de Huangpu. En 1993, 62 ans après la bataille de Shanghai, Wang Wei a enfin obtenu le certificat de “martyr révolutionnaire” pour son grand-père.

Interprétation clé :

Si l’histoire s’arrêtait là, ce ne serait qu’une histoire familiale émouvante. Mais Wang Wei a découvert un fait encore plus tragique : avant et après son grand-père, des milliers de personnes nommées Yang Jie sont mortes au combat sans que leur nom ne soit jamais enregistré, sans parler de certificat de martyr.

Cette sensation d’oubli a poussé Wang Wei à passer de la quête de la vérité pour sa propre famille à celle de tous ces héros anonymes. C’est l’objectif initial de ce recensement : non pas faire de statistiques, mais retrouver la dignité de ces individus noyés dans le flot de l’histoire.

---

II. Le processus : Un marathon de “nettoyage des données” d’une durée de 5 ans

Comment 700 000 pistes sont-elles devenues 320 000 faits avérés ?

Beaucoup pensent que compiler un recensement consiste simplement à copier des noms, mais en réalité, c’est plus proche d’un jeu de “détective des données” très complexe.

1. Sources diverses et exigences élevées :

Le projet a initialement recueilli plus de 700 000 informations suspectes. Les sources étaient variées : des sites web spécialisés comme “Zhonghua Yinglie Wang” (Réseau des héros chinois), des archives de bibliothèques, et même des noms gravés sur les murs des cimetières militaires.

  • *Difficulté :* De nombreuses institutions ne permettaient que la consultation des documents, pas leur prêt ; certains noms n’étaient disponibles que sur des murs et pas en version électronique. Wang Wei a dû prendre des photos une par une et les saisir manuellement.

2. Vérification des informations, avec l’aide d’experts :

Parmi ces 700 000 données, il y avait des doublons, des erreurs (comme l’inclusion de personnes mortes pour des raisons autres que la guerre), ainsi que des cas où les preuves étaient insuffisantes pour confirmer les informations.

C’est alors qu’est intervenu l’historien Pei Yuan, doté d’une mémoire exceptionnelle et connaissant bien l’histoire de la résistance. Lorsque des personnes souhaitaient faire inscrire leur parent sur le recensement, il pouvait identifier la vérité avec précision en connaissant le nom du défunt, le numéro de l’unité, le nom de l’officier et le lieu du sacrifice.

  • *Résultat :* Après une sélection rigoureuse, les 700 000 données ont été réduites à 321 500. Cela signifie que chaque nom retenu a été vérifié de manière indépendante et confirmé.

3. Problèmes techniques : Les caractères chinois simplifiés et les variantes orthographiques :

La guerre a eu lieu pendant la période de la République de Chine, où on utilisait des caractères traditionnels. Par exemple, le nom “Xiao” était alors écrit “萧”, et le caractère “Cuàn” est peu connu de nos jours.

Le projet a dû gérer de nombreux changements de forme des caractères, identifier des variantes orthographiques, et convertir les dates de la République de Chine en dates grégoriennes, ainsi que renommer les provinces comme “Hebei” au lieu de “Zhili”. C’était à la fois un travail physique et intellectuel.

Interprétation clé :

Ce processus montre l’importance de la “rigueur”. À une époque où l’information est abondante et souvent fragmentée, ce recensement nous rappelle que les archives historiques nécessitent du temps, de la précision et de la responsabilité envers chaque nom.

---

III. Les détails : Les “vies” derrière les données

Quel tableau social reflètent ces 320 000 noms ?

Une fois les 321 500 données compilées, le projet n’a pas simplement établi une liste ; il les a également analysées en profondeur. Ces détails sont plus touchants que les récits grandioses.

1. Héros féminins : Les 353 “forces féminines” ignorées :

Les documents originaux indiquaient rarement le sexe des personnes. Le projet a identifié 353 femmes en utilisant des mots-clés tels que “association de secours aux femmes” ou “équipe de infirmières”.

  • *Cas le plus émouvant :* Wang Huimin, qui n’avait que 13 ans lors de sa mort. Elle et sept de ses camarades se sont noyées dans le fleuve près de la rivière Wusihun en Heilongjiang, un événement connu sous le nom de “Les huit femmes se jetant dans le fleuve”.
  • *Interprétation :* La guerre n’était pas seulement le domaine des hommes ; les femmes ont également sacrifié leur jeunesse et leur vie. Ce recensement les a mises en avant, sortant de l’ombre.

2 Distribution des noms de famille : Un “génome” de la résistance de toute la nation :

Le recensement révèle 1459 noms de famille différents.

  • **Noms les plus courants :* Les dix premiers noms de famille les plus fréquents (Li, Wang, Zhang, etc.) représentent 44 %, ce qui montre la prédominance de la population han.
  • **Noms de famille minoritaires :* On y trouve des noms de familles ethniques minoritaires comme Sha, Su, Lan, Cun, Cuàn, ainsi que des noms composés comme Shangguan et Shentu, et même 48 noms de familles étrangères.
  • *Interprétation :* Cela prouve que la “résistance de toute la nation” n’était pas qu’un slogan ; c’était une réalité. Que ce soit les Han, les minorités ethniques ou les Chinois naturalisés, tout le monde était sur le même front.

3 Logique de tri : Pourquoi les noms sont-ils classés par le nombre de traits ?

Le projet a constaté que, à part les noms, les autres informations (comme le lieu de naissance, l’âge, le moment du décès) manquaient. Un classement par ordre chronologique n’aurait pas été complet, tout comme un classement par lieu de naissance.

Finalement, ils ont choisi de classer les noms par le nombre de traits.

  • *Interprétation :** C’est une façon de montrer le respect pour tous, indépendamment de leur statut (général ou soldat, origine). Le classement par le nombre de traits souligne l’égalité de chacun dans le recensement.

---

IV. L’extension : Du recensement au “temple familial”, la matérialisation des émotions

Pourquoi certaines personnes sont-elles prêtes à financer un recensement pour un seul nom de famille ?

Après la compilation du recensement, le projet a constaté que beaucoup de personnes voulaient l’emporter chez elles et l’exposer dans leur temple familial pour que leurs descendants connaissent le sacrifice de leurs ancêtres. Ainsi, ils ont lancé un projet de compilation de recensements pour chaque nom de famille.

Voici un exemple particulièrement émouvant :

  • La persévérance pour le nom de famille “Cuàn” :

En 2021, un internaute a contacté le projet pour proposer de financer l’inclusion du nom de sa famille “Cuàn”. Son grand-père était un soldat de la résistance, mais on ne savait pas si son nom était enregistré sous “Cun”, “Chuī” ou “Cuàn”.

Après vérification dans la base de données :

  • “Chuī” : 0 personnes
  • “Cuàn” : 1 personne
  • “Cun” : 41 personnes

En théorie, il aurait suffi de compiler les noms “Cun”. Mais le donateur a insisté pour inclure celui de “Cuàn”, même s’il n’y avait qu’une seule personne.

Wang Wei a déclaré : Même si un nom de famille n’est représenté que par une seule personne, nous devons le faire.

  • *Interprétation :* Cela reflète le besoin urgent de “mémoire familiale”. Pour les gens ordinaires, l’histoire familiale fait partie de l’histoire nationale. Même si seulement un ancêtre a sacrifié sa vie, cela est d’une grande importance pour sa famille. Ce recensement devient un lien entre le passé et le présent, rendant les “héros” moins abstraits et plus concrets.

Jusqu’à présent, le projet a complété 85 recensements pour chaque nom de famille et a invité des internautes portant ce nom à rédiger une préface. La préface de la famille Lu dit : “Permettre aux descendants de se sentir fiers de leurs ancêtres”, celle de la famille Gao dit : “Mieux vaut ne pas avoir de héros”, et celle de Cao Shunni dit : “Enregistrer les noms est la meilleure façon de combattre la guerre”.

Ces mots ont plus de force que n’importe quel slogan grandiose.

---

V. La signification : À l’université de Nanjing, des jeunes étudiants lisent les noms

Quel est le sens de ce recensement pour notre époque ?

Le 16 septembre 2026, Wang Wei est allé à la faculté de journalisme et de communication de l’université de Nanjing pour parler de “l’histoire familiale et de l’histoire nationale” aux nouveaux étudiants.

Sur place, des étudiants sont montés sur scène et ont lu à haute voix les noms du recensement. L’atmosphère était solennelle ; personne ne parlait, seuls les noms résonnaient dans l’air.

À ce moment-là, l’histoire est devenue vivante.

1. Contre l’oubli :

Il y a 95 ans, l’incident du 18 septembre a eu lieu, suivie de 14 ans de guerre et de 35 millions de victimes. Les chiffres sont froids, mais les noms sont chauds. Lorsque les jeunes ont lu des noms comme “Yang Jie” ou “Wang Hui”, ils ne récitaient pas simplement un texte d’histoire ; ils dialoguaient avec les âmes de ces personnes il y a 95 ans.

2 Redéfinition de l’image des héros :

Nous avons souvent l’image des héros comme des super-héros invincibles. Mais ce recensement nous montre que les héros étaient aussi des gens ordinaires, avec des parents, des enfants, des peurs et des morts. Ils sont devenus des héros parce qu’ils ont choisi de rester fidèles malgré la peur.

3 Une “infrastructure de la mémoire collective” :

Ce recensement est comme un “mémorial spirituel” numérique. Il ne appartient à personne en particulier, mais à toute la nation. Il nous rappelle que la paix n’est pas acquise d’office ; elle a été obtenue au prix de la vie de 321 500 personnes.

Conclusion :

Wang Wei a 70 ans cette année, et Pei Yuan travaille comme guide au musée de Jianchuan. Leurs corps vieillissent, mais leur travail rend l’histoire plus vivante.

Ce “Recensement des soldats morts au combat pendant la résistance contre l’occupation japonaise” n’est pas seulement un livre ; c’est une “reconstruction de la mémoire collective”. Il nous montre que, au-delà des récits historiques grandioses, la vie de chaque individu mérite d’être respectée et mémorisée.

Les 321 500 noms sont gravés à jamais dans le monument de l’histoire. Notre devoir est de nous en souvenir et de dire à nos enfants : qui ils étaient, ce qu’ils ont fait, et pourquoi nous pouvons vivre en paix aujourd’hui.