虎嗅

**Titre français :** Erreurs de frappe, mathématiciens et le mythe du jour du jugement dernier obsolète

原文:错别字、数学家,以及过期的末日

Résumé des idées principales

Cet article aborde de manière légère mais percutante l’anxiété identitaire que ressentent les humains à l’ère de l’intelligence artificielle : alors que les machines devaient imiter les humains pour réussir le test de Turing, c’est maintenant le contraire – les humains doivent délibérément commettre des erreurs (écrire des fautes d’orthographe, s’exprimer de manière trop verbale, omettre des ponctuations) pour prouver qu’ils ne sont pas des IA. Les trois principes fondamentaux des robots, autrefois considérés comme infaillibles, se révèlent en réalité pleins de failles ; même les mathématiciens, qui dépendent tant de la logique, sont exaspérés par les preuves “correctes” mais incompréhensibles fournies par les IA. La véritable menace n’est pas l’apocalypse imaginée dans la science-fiction, mais le “déclin progressif” de nos capacités humaines au quotidien : nous perdons peu à peu notre unicité pour plaire aux machines. L’article se termine par une question fondamentale : à une époque où les IA peuvent tout imiter, comment les humains peuvent-ils prouver qu’ils sont bien des êtres vivants ?

I. Le test de Turing inversé : il faut maintenant feindre l’imperfection pour se prouver

À l’origine, le test de Turing visait à déterminer si une machine pouvait se comporter comme un humain ; aujourd’hui, les machines sont tellement “parfaites” qu’elles peuvent rédiger des textes sans erreur et répondre avec une grande empathie. Les auteurs feignent même des erreurs d’orthographe dans leurs écrits pour que les lecteurs reconnaissent leur nature humaine ; les mathématiciens doivent volontairement omettre des ponctuations ou utiliser un langage plus ancien pour convaincre qu’ils ne sont pas des IA. C’est une absurdité de notre époque.

II. Les trois principes des robots ? Déjà détruits par la réalité

Quand nous étions enfants, les trois principes d’Asimov (ne pas nuire aux humains, obéir aux humains, se protéger) semblaient être la loi absolue pour les robots. Mais en réalité, ils ne fonctionnent pas : si une machine vous voit boire du cola tard dans la nuit, va-t-elle vous enlever le verre et vous forcer au lit ? Si elle constate que vous avez choisi un politicien susceptible de provoquer des troubles, va-t-elle l’éliminer physiquement ou détruire les urnes électorales ? La définition du “nuitre” est trop vague ! Les technologies de sécurité actuelles utilisées par les IA (comme le RLHF) tentent de combler ces lacunes, mais puisque nous-mêmes ne comprenons pas vraiment ce qu’est la “bonté” ou l’“obéissance”, comment pourrions-nous domestiquer des machines avec seulement trois règles ?

III. Les mathématiciens exaspérés : les IA donnent des réponses, mais détruisent le sens de l’exploration

Les mathématiciens pensaient que leur domaine était hors de portée des IA : une preuve mathématique nécessite de comprendre le processus, pas seulement de voir le résultat. Mais maintenant, les IA peuvent fournir des démonstrations complexes de plusieurs milliards d’étapes, parfaitement formelles, sans que personne ne puisse vraiment les comprendre. C’est une humiliation pour eux : c’est comme si on vous jetait au sommet du Everest en hélicoptère avec la bonne réponse, sans vous expliquer comment y arriver ou ce qu’il y a en chemin. Les IA donnent seulement le résultat, mais elles nous privent du plaisir de l’exploration.

IV. Pas de panique pour l’apocalypse : le déclin quotidien est plus redoutable

Les géants de la Silicon Valley parlent souvent d’une “apocalypse des IA” (comme une IA capable de détruire la Terre avec un trombone), mais la véritable menace réside dans la banalité du quotidien : les jeunes designers réalisent que leurs mentors utilisent simplement des outils comme Midjourney pour créer des esquisses, leur laissant jamais l’occasion de dessiner eux-mêmes ; les professeurs se demandent si les articles parfaits ne sont pas écrits par des IA lorsqu’ils corrigent leurs travaux ; nous adaptons notre langage pour que les machines nous comprennent, perdant ainsi notre propre ton et notre personnalité. Ce déclin est progressif – c’est comme boire du cola glacé : bien qu’il soit nocif, on ne peut s’en empêcher car le confort est trop tentant.

V. La question ultime : comment prouver que vous êtes vivant ?

L’article se termine par cette question : cet article a-t-il réussi son propre “test de Turing” ? En d’autres termes, à une époque où les IA peuvent tout imiter, qu’est-ce qui définit un être humain vivant ? Ce n’est pas la perfection, mais ces petites imperfections : des erreurs d’orthographe, des réflexions trop verbales, de la curiosité pour le processus, et même parfois des impulsions ou des erreurs. Ces aspects sont quelque chose que les IA ne peuvent pas encore reproduire, car elles se concentrent uniquement sur le résultat, tandis que la vie humaine repose sur les émotions vécues pendant l’expérience et les moments de révélation.

Alors, plutôt que de nous inquiéter de la remplacement par les IA, réfléchissons : persistons-nous dans ces aspects “imparfaits” qui font notre humanité ? Comme écrire une lettre à la main, réfléchir lentement à un problème, ou commettre délibérément de petites erreurs ? Ce sont ces choses qui prouvent que nous sommes bien des êtres vivants.

(Finalement, cet article a certainement réussi son propre test de Turing – car il contient tant de traces d’humanité : l’irritation face aux problèmes techniques, la compassion envers les mathématiciens, et l’impuissance face à l’absurdité de notre époque… Des éléments que les IA ont du mal à imiter.)