Résumé des points clés
Après l’introduction en bourse de Yushi Technology à Hong Kong, son fondateur Wu Gansha a fait le point sur ses dix années d’expérience dans le monde de l’entrepreneuriat : il a assisté à de nombreux échecs innovants durant sa période chez Intel et a appris à se concentrer sur les aspects essentiels. Lorsqu’il a commencé son entreprise, il a évité les secteurs des puces et des robots pour se tourner vers le domaine de l’automatisation autonome. Il a d’abord choisi des scénarios fermés, tels que les aéroports, comme point de départ avant de s’attaquer à des scénarios plus généraux. Après avoir surmonté les difficultés liées à un déploiement technologique précoce (de 5 ans), Yushi Technology est aujourd’hui prête à se développer à l’échelle mondiale, avec pour objectif de devenir le “chauffeur AI” du monde entier, en réalisant une valeur commerciale grâce à des services d’abonnement à grande échelle. Son parcours offre aux entrepreneurs technologiques des conseils pratiques : survivre avant de penser à se développer.
I. L’“valley of the death” chez Intel lui a appris à se concentrer sur les bases
Au cours de ses 16 années chez Intel, Wu Gansha a vu de nombreux échecs liés à l’innovation : certaines technologies étaient trop audacieuses (comme le chip Larrabee conçu pour concurrencer NVIDIA, qui a échoué en raison des limites de l’architecture X86), tandis que d’autres étaient déconnectées du marché (par exemple un chip conçu pour la reconnaissance des motifs, abandonné en raison de choix internes). Ces expériences l’ont rendu extrêmement vigilant lorsqu’il a lancé sa propre entreprise :
- Pas de puces : le secteur des puces est trop complexe pour une petite entreprise, même Intel a eu des difficultés avec son partenariat ZTE ;
- Pas de robots : à l’époque, les robots étaient coûteux (châssis, bras, mains… pour des dizaines de milliers de dollars) et loin d’être adaptés à l’utilisation domestique ;
- Automatisation autonome : il a choisi ce domaine car les scénarios sont standardisés (règles de circulation similaires dans le monde entier) et le contrôle est simple (seulement accélération/réduction/de virage). Il a commencé par développer des applications avant de s’intéresser aux puces, en suivant l’approche de Tesla.
En bref : entreprendre, ce n’est pas jouer à un jeu de hasard ; il faut d’abord s’assurer de ne pas échouer.
II. Ne suivez pas les tendances ! Commencez par des scénarios difficiles, puis pensez à l’expansion
En 2016, l’automatisation autonome était très en vogue avec les Robotaxi de niveau L4 (taxis sans conducteur sur routes publiques), mais Wu Gansha a choisi une approche contraire à la logique dominante :
- Stratégie “Lung Tze” : il a considéré les scénarios fermés (aéroports, ports) comme des bases solides et difficiles à attaquer, tandis que les scénarios plus généraux (voitures de tourisme de niveau L2 à L3) en étaient le tremplin pour une expansion mondiale ;
- Pourquoi les aéroports ? Il a calculé que les besoins étaient importants (un aéroport hongkongais nécessiteait 3,5 chauffeurs, avec un coût annuel de plusieurs centaines de milliers de dollars par chauffeur) et que le contexte était contrôlable (tous les utilisateurs respectaient les règles, ce qui garantissait la sécurité des véhicules autonomes) ;
- Abandon du projet de fabrication de voitures : en 2018, il a abandonné des investissements importants dans cette direction car les constructeurs commençaient à développer des véhicules dotés de systèmes de contrôle automatique.
Résultat : Yushi Technology détient plus de 90 % du marché des aéroports et est la seule entreprise à exploiter des services de transport autonome à grande échelle.
III. Les difficultés liées à un déploiement précoce : il a dû patienter
Wu Gansha admet que les entreprises dans le domaine de l’automatisation autonome ont toutes démarré 5 ans trop tôt. En 2017, les technologies de base étaient déjà existantes, mais les données et les ressources informatiques manquaient, obligeant l’entreprise à utiliser des méthodes basées sur des règles (par exemple, arrêter au feu rouge). Il a fallu deux ans pour obtenir les autorisations nécessaires, trois ans supplémentaires pour améliorer la sécurité des véhicules autonomes et encore deux ans pour réduire les coûts d’exploitation. De nombreuses entreprises n’ont pas survécu à cette période difficile ; parmi les 10 meilleures entreprises en matière d’automatisation autonome selon le classement de CCID en 2021, seulement 5 sont encore actives aujourd’hui. Wu Gansha compare les entrepreneurs chinois à des “souris-tigres” : ils résistent malgré toutes les difficultés avant de reconnaître leur défaite.
IV. Dix ans d’efforts pour se lancer sur le marché : maintenant, l’entreprise est prête à se développer
Les technologies (depuis le début jusqu’à la fin du processus), les coûts (réduction des coûts marginaux) et les scénarios (utilisation de technologies dans plusieurs domaines) sont désormais matures, permettant à Yushi Technology d’élargir son activité :
- Trois objectifs : augmenter la pénétration du marché de 1 % à 10 %, se développer de 6 pays à 60 pays, et lancer 5 à 10 nouveaux produits à grande échelle ;
- Modèle économique : offrir des services d’abonnement pour des “chauffeurs AI” – sans fabriquer ni exploiter de véhicules, mais en fournissant des solutions autonomes aux différents secteurs (aéroports, ports, etc.). Selon ses calculs, avec 100 000 chauffeurs AI, l’entreprise pourrait générer 1 milliard de dollars par an.
En bref : après avoir travaillé dur pour améliorer les technologies, il reste à tirer profit de la croissance du marché.
V. Des conseils pour les entrepreneurs technologiques : survivez d’abord, puis pensez à vos rêves
L’expérience de Wu Gansha peut se résumer en trois points :
1. Concentrez-vous sur les bases : ne poursuivez pas des projets trop ambitieux ; trouvez d’abord un point de départ solide (comme un aéroport) et attendez le bon moment pour vous développer ;
2. Patience et compromis : si la direction est bonne mais le lancement est précoce, acceptez des compromis pour survivre (par exemple, réduire les équipes dédiées aux scénarios généraux) ;
3. L’universalité est essentielle : les technologies doivent être adaptées à divers scénarios pour que les coûts marginaux soient bas et que l’entreprise puisse se développer à grande échelle.
Il souligne que l’entrepreneuriat n’est pas une question de chance, mais de persévérance : il faut transformer des choix apparemment erronés en solutions efficaces pour réussir.
Ce rapport offre un guide concret pour les entrepreneurs technologiques, leur montrant qu’il est nécessaire de rester pragmatique pour finalement atteindre leurs objectifs.