Résumé des principaux points
Kunming a mis en œuvre une stratégie visant à devenir une capitale provinciale puissante pendant 40 ans, mais son attractivité démographique n’est même pas comparable à celle de Nanchang ou Guiyang (l’augmentation de la population au cours des trois dernières années n’a été que de 220 000 habitants, soit la moitié de celle de Nanchang et un tiers de celle de Guiyang). Le problème ne réside pas dans le fait de savoir si une capitale provinciale doit être puissante ou non, mais dans les moyens d’y parvenir : l’abandon de l’industrie au profit du tourisme a entraîné l’effondrement de l’économie locale. De plus, les contraintes géographiques de Yunnan (avec deux centres principaux : Kunming et Qujing) ont compliqué les choses. Pour sortir de cette situation, il est nécessaire de rompre avec les habitudes établies et de donner plus de liberté aux régions non capitales, comme le nord-est du Yunnan (dont Qujing), afin que leurs bases industrielles puissent retrouver leur dynamisme.
I. Augmentation démographique décevante : pourquoi une capitale provinciale puissante depuis 40 ans ne peut-elle pas rivaliser avec des villes similaires dans le centre et l’ouest du pays ?
Kunming, qui s’est engagée dans cette voie dès les années 1980, a vu sa population croître moins rapidement que celle de Nanchang et Guiyang, ce qui est inhabituel. Des villes comme Chengdu, Wuhan ou Hefei ont réussi grâce à leur statut de capitale provinciale puissante : Chengdu a attiré une grande partie de la population du Sichuan, et Wuhan n’a aucun concurrent dans le Hubei. En revanche, Kunming n’a gagné que 220 000 habitants en trois ans, ce qui est même insuffisant par rapport à Guiyang (qui compte 660 000 habitants). Cela montre que l’attrait de Kunming est sérieusement entamé : sans un soutien industriel solide, les efforts administratifs ne suffisent pas à retenir les gens.
II. Échec de la stratégie industrielle : le prix payé pour abandonner “Kunming Manufacturing”
À l’origine, Kunming disposait d’un atout majeur avec sa marque de réfrigérateurs “Kunming Manufacturing”, qui utilisait des technologies néerlandaises et était compétitive par rapport à des entreprises comme Haier et Melling. Plus de 25 usines étaient intégrées verticalement, produisant des machines-outils et des instruments optiques destinés à l’exportation. Cependant, les autorités locales ont préféré se concentrer sur le tourisme, considérant l’industrie comme une source de problèmes. Lors de la réforme de transition de l’économie militaire vers une économie civile dans les années 1990, de nombreuses entreprises d’État devaient être transférées à Kunming, mais les autorités locales ont refusé de les accueillir. Résultat : le système industriel s’est effondré en quelques années.
Pire encore, cette décision a coïncidé avec une période importante de développement national (programmes 211/985), durant laquelle les disciplines scientifiques prioritaires étaient liées aux industries. L’abandon de l’industrie a conduit à la marginalisation des universités locales, comme le montre l’échec de Kunming à intégrer les programmes 211 ou “Double First-Class”. Les universités sont essentielles pour le développement économique ; sans elles, la formation des talents ne peut pas se développer.
III. Contraintes géographiques : Yunnan ne permet pas de développer une capitale provinciale unique
L’échec de Kunming en tant que capitale provinciale puissante est dû à des facteurs naturels. Pendant la période de développement des régions secondaires, Yunnan a développé deux centres industriels principaux : Kunming pour l’industrie des biens de consommation et Qujing pour l’industrie lourde et l’énergie. Qujing dispose du plus grand bassin agricole du province ainsi que d’un réseau routier et ferroviaire plus développé que celui de Kunming, ce qui rend difficile la domination d’un seul centre. Essayer de fusionner ces deux centres est contre-productif.
IV. Urbanisation déformée : les conséquences de l’absence de soutien industriel
Sans une base industrielle solide, Kunming a choisi de développer son territoire en vendant des terres pour construire des immeubles. Sans planification préalable des transports et des zones fonctionnelles, et sans réserver de terrains pour l’industrie, les ressources foncières de la ville ont été épuisées en peu de temps, entraînant une dette importante et de nombreux projets inachevés. De plus, la région a été vidée de sa population productive : près de 1,1 million de personnes travaillent à l’extérieur du Yunnan chaque année. Le nord-est du Yunnan aurait pu rayonner sur une zone de 20 millions d’habitants comprenant les provinces du Yunnan, du Guizhou et du Sichuan, mais il est resté sous-développé en raison de l’absence d’avantages géographiques et de transports efficaces. Les objectifs de Kunming pour 2025 (un PIB de plus de 1 000 milliards de yuans et une population de plus de 10 millions d’habitants) semblent peu réalisables, car la place de la capitale provinciale dans le PIB provincial est bloquée à environ 27%-28%. Une urbanisation sans un soutien industriel est donc superficielle.
V. La voie vers la sortie de crise : il faut libérer le nord-est du Yunnan
Le véritable enjeu pour devenir une capitale provinciale puissante est de développer une économie forte, pas seulement un statut administratif. Hefei a réussi grâce à l’université nationale de science et technologie, ainsi qu’à des entreprises innovantes comme NIO, BYD ou ChangXin Storage. Si Kunming avait conservé son industrie des réfrigérateurs, elle aurait peut-être pu devenir un acteur majeur dans l’exportation d’appareils électroménagers en Asie du Sud-Est.
Pour que le Yunnan puisse se développer, il est nécessaire de rompre avec la dépendance à Kunming et de donner plus de liberté aux régions non capitales. Il faut permettre à des bases industrielles comme Qujing de retrouver leur dynamisme et de jouer un rôle dans le développement régional. Pour évaluer le potentiel d’une région, il ne suffit pas de se fier aux chiffres de PIB ou au poids de la capitale provinciale ; il faut examiner la structure industrielle : des chaînes d’approvisionnement intégrées, des terrains réservés à l’industrie, et une coordination entre les universités et l’économie. C’est cela qui constitue la véritable force d’une région.
(L’analyse est présentée de manière simple et accessible au grand public pour expliquer les raisons de l’échec de Kunming en tant que capitale provinciale puissante et les perspectives de développement futur.)