Résumé des points clés
Cet article se concentre sur la controverse autour de l’acte d’une mère emmenant son enfant au supermarché Sam’s Club, qualifiant cette activité de “soutien parental”. Il souligne que l’essence du problème ne réside pas dans le bien-fondé du terme “soutien”, mais plutôt dans l’anxiété des parents de la classe moyenne contemporaine face à la pression consumiste, ainsi que dans les divisions sociales amplifiées par Internet. L’article montre comment le capital exploite cette anxiété en présentant le consumisme comme une forme d’“amour et de responsabilité”, alors que le véritable soutien parental consiste à être présent et attentif à son enfant, et non à acheter des étiquettes symboliques.
I. Le terme “soutien” a perdu son sens
À l’origine, “soutenir” signifiait que les parents sacrifiaient leurs ressources pour l’avenir de leur enfant (par exemple, les travailleurs migrants qui travaillaient dur pour permettre à leur enfant d’étudier, ou les mères monoparentales qui prenaient deux emplois pour payer les frais d’école). Aujourd’hui, aller au Sam’s Club (acheter des produits de luxe comme des gâteaux suisses ou du poulet rôti) est également considéré comme un acte de soutien. En comparaison, d’un côté, il y a des parents qui travaillent dur, et de l’autre, ils profitent des commodités offertes par le consumisme (chambres climatisées, chariots de courses). Ce n’est pas que le terme ait perdu son sens, mais plutôt que l’anxiété des parents de la classe moyenne est si forte qu’ils ont besoin de se “toucher eux-mêmes” pour justifier leur comportement de consommation.
II. Les différences entre les classes sociales
La source de la controverse réside dans les définitions très différentes du “soutien parental” selon les classes sociales :
- Pour les familles gagnant 3 000 à 5 000 yuans par mois, le soutien signifie assurer que l’enfant ait de la nourriture, des vêtements et une éducation ;
- Pour celles gagnant 10 000 à 20 000 yuans par mois, cela inclut d’inscrire l’enfant dans des cours extrascolaires ou d’acheter un logement dans un quartier scolaire prestigieux ;
- Pour les familles ayant encore plus d’argent, le soutien implique d’envoyer l’enfant dans des écoles internationales ou de participer à des camps d’été à l’étranger ;
- Cette mère (gagnant environ 10 000 yuans par mois) considère que son soutien parental consiste à acheter une carte annuelle pour 260 yuans afin d’emmener son enfant au Sam’s Club et de “le faire découvrir le monde”.
Internet amène toutes les classes sociales sur la même plateforme, mais chacune juge les autres selon ses propres critères : les plus défavorisées se demandent si aller au Sam’s Club peut vraiment être considéré comme un acte de soutien, tandis que les plus aisées estiment que le seuil pour être considéré comme “soutenant” est trop bas. Les parents de la classe moyenne, quant à eux, se reconnaissent dans cette situation et pensent avoir fait de leur mieux… En réalité, chacun ne voit que son propre anxiété.
III. La stratégie commerciale du Sam’s Club
Le Sam’s Club vend non pas seulement des produits, mais aussi une “étiquette sociale de classe moyenne”. En proposant des cartes annuelles à 260 yuans et un packaging luxueux, l’entreprise crée l’illusion que ses clients mènent une vie sérieuse. Lorsque les mamans partagent leur expérience d’achat sur les réseaux sociaux, davantage de femmes décident d’acheter ces cartes, augmentant ainsi le nombre de membres et les ventes du magasin… tout en amplifiant leur propre anxiété. Le capital est particulièrement astucieux : il vous fait dépenser de l’argent tout en vous faisant croire que votre “amour maternel” est valorisé (ce qui, en réalité, contribue à augmenter la valeur de ses actions).
IV. Les mamans piégées dans le consumisme
La mère a raison d’aimer son enfant et de vouloir lui offrir une bonne vie, mais le problème est qu’elle associe cet acte à l’achat de produits de luxe (comme au Sam’s Club). Si elle allait plutôt au supermarché local ou au marché, cela ne serait-il pas considéré comme un acte de soutien ? L’amour maternel a-t-il besoin d’être étayé par des achats ? C’est le piège du consumisme : il vous fait croire que “aimer” signifie dépenser de l’argent, et utilise le niveau de luxe des lieux de consommation pour prouver la valeur de votre rôle de mère. Or, l’amour maternel n’a pas besoin d’une carte de membre du Sam’s Club pour être reconnu.
V. Le véritable soutien parental
Un exemple concret illustre ce qu’est vraiment le soutien : les parents de l’ami de l’auteur étaient des agriculteurs sans moyens d’acheter de nouveaux livres, mais sa mère l’emmenait souvent à une brocante de livres usagés et lui racontait des histoires du “Romance of the Three Kingdoms” pendant l’après-midi. Plus tard, cet ami a été admis dans une université prestigieuse et a dit que ce n’était pas tant les histoires qu’il avait mémorisées qui avaient compté, mais plutôt son amour pour la lecture. Le véritable soutien parental consiste à :
- Ne pas transférer sa propre pression sur son enfant ;
- Prendre le temps de l’écouter lorsqu’il est fatigué ;
- Lui montrer des possibilités plus larges (comme la lecture) ;
- Lui faire savoir qu’on l’aime, quelles que soient ses choix.
Tout cela n’a rien à voir avec le Sam’s Club… mais tout avec l’attention et le temps consacrés à son enfant.
En conclusion
Ne laissons pas le consumisme définir ce qu’est l’amour. Cette controverse met en évidence trois problèmes importants : l’invasion du consumisme (qui associe tout à la consommation), l’anxiété des parents de la classe moyenne concernant la position sociale de leur enfant, et les divisions sociales créées par Internet. Mais au moins, nous pouvons choisir de profiter simplement d’une visite au Sam’s Club… tant que cela nous rend heureux. Le véritable soutien parental se trouve dans les gestes quotidiens et dans l’attention portée à notre enfant, pas dans des étiquettes achetées avec de l’argent.
(Fin de l’article)