Résumé des principales conclusions
L’industrie des microprêts connaît un véritable choc contraste : d’un côté, de nombreuses petites et moyennes entreprises sont liquidées (plus de 400 au cours de l’année dernière, pour une réduction du montant des prêts accordés de 200 milliards en dix ans) ; les licences, qui valaient 60 millions il y a dix ans et étaient vendues à prix élevé, ne trouvent plus preneur aujourd’hui. De l’autre côté, des géants du secteur internet tels que Tencent, ByteDance et Meituan augmentent leur capital malgré la conjoncture défavorable (leur capital social a atteint des milliards), se construisant des barrières grâce à des financements à faible taux d’intérêt et à leur influence sur les utilisateurs. La réduction de la régulation (liquidation des entreprises écrans, limitation des taux d’intérêt, interdiction des arnaques financières) ainsi que la concurrence sur le marché (les banques s’efforçant de conquérir les meilleurs clients) sont les principales raisons du retrait des petites et moyennes entreprises. L’industrie passe d’une période de croissance sauvage à une ère où seuls les plus forts survivent.
I. La vague de liquidations est brutale : plus de 400 sociétés de microprêts disparaissent en un an, même le groupe Alibaba et Sohu ont retiré leurs activités
Au cours de l’année dernière, plus de 400 sociétés de microprêts ont été liquidées dans tout le pays, notamment dans des provinces telles que Hainan, Guangxi et Chongqing. Seul Chongqing a vu la liquidation de 63 entreprises entre juin 2025 et mai 2026, et 21 autres au premier trimestre de cette année ; de nombreuses d’entre elles avaient loué illégalement leurs licences. Parmi les sociétés liquidées figurent des acteurs importants : les trois sociétés de microprêts du groupe Alibaba ont été entièrement dissoutes en 2025, et la société Fox Microloan du groupe Sohu a perdu son statut d’entreprise pilote ; JinTong Microloan, dont le capital social s’élevait à 8,9 milliards, a simplement changé de activité pour se concentrer sur les services de conseil.
Les données montrent une réduction significative de l’industrie : en troisième trimestre 2025, il ne restait que 4 863 sociétés de microprêts, soit presque la moitié par rapport à son apogée en 2015 (8 965). Le montant total des prêts accordés est passé de 959,4 milliards à 722,9 milliards, une baisse de plus de 200 milliards en dix ans. En moyenne, environ 1,5 société de microprêts disparaît chaque jour, et pour les petites et moyennes entreprises, survivre devient une nécessité absolue.
II. Les petites et moyennes entreprises ne peuvent pas tenir le coup : la régulation empêche les arnaques financières, les banques s’approprient les meilleurs clients
Pourquoi les petites et moyennes sociétés de microprêts ne parviennent-elles pas à survivre ? Cela est dû à une double pression :
1. La régulation se renforce et coupe leurs sources de revenus : de nouvelles règles exigent la liquidation des entreprises écrans et des entreprises hors de contact avec les clients, et fixent le coût global du financement à environ 12 % par an (contre jusqu’à 24 % auparavant). De plus, les frais cachés (tels que les frais de service ou de garantie) sont désormais strictement contrôlés ; les activités de location de licences à des plateformes non autorisées sont également sévèrement réglementées, et l’Office d’audit vérifie les prêts illégaux.
2. Les banques s’efforcent de conquérir les meilleurs clients : les taux d’intérêt sur les prêts sociaux des banques sont très bas (de 3 % à 4 %), ce qui leur permet de s’emparer des meilleurs clients des sociétés de microprêts (aux bons antécédents et capables de rembourser). Les clients restants présentent un risque plus élevé, entraînant une augmentation des créances douteuses. De plus, les coûts de financement des sociétés de microprêts sont généralement plus élevés que ceux des banques (par exemple 10 % contre 5 % pour les banques). Avec les taux d’intérêt réduits à 12 %, il reste peu de marge après déduction des coûts d’exploitation et des créances douteuses.
3. Les coûts de conformité deviennent un fardeau : détenir une licence implique d’investir dans des systèmes de contrôle des risques et de sécurité des données, ainsi que dans des équipes juridiques spécialisées. Les petites et moyennes entreprises, avec un volume d’activités limité, ne peuvent pas supporter ces coûts fixes et doivent donc se retirer du marché.
III. Les licences ne valent plus rien : de 60 millions à des prix déprimés
Il y a dix ans, une licence nationale pour les microprêts pouvait être vendue pour 60 millions ; aujourd’hui, la société Wanda Microloan a vu sa participation évaluée à 730 millions et vendue à 409 millions après deux tentatives d’enchères infructueuses ; une autre entreprise, Chaohu Guoyuan Microloan, a vendu 10 % de ses parts pour seulement 10,4 millions. Certaines sociétés de microprêts vendent même leurs créances à des prix réduits (par exemple, un actif de 120 millions est mis aux enchères pour 120 millions).
Pourquoi la valeur des licences a-t-elle chuté ? Parce que la logique des arnaques financières n’existe plus : auparavant, les sociétés de microprêts pouvaient réaliser des profits grâce à des taux d’intérêt élevés (jusqu’à 24 %) ou en louant leurs licences. Aujourd’hui, la régulation bloque ces pratiques, et les coûts de maintenance des licences (conformité, main-d’œuvre) dépassent les revenus, les rendant presque inutiles. Seules les licences des entreprises les plus puissantes, disposant d’une présence nationale et de capitaux importants, conservent leur valeur.
IV. Les géants s’étendent malgré la conjoncture défavorable : augmentation du capital et financements à faible taux d’intérêt
Contrairement aux petites et moyennes entreprises, les sociétés de microprêts affiliées à des géants du secteur internet comme Tencent et Meituan se développent activement :
- Augmentation du capital : le capital social de FinPay Microloan est passé de 10,5 milliards à 15 milliards, et celui de Kuaishou Microloan de 500 millions à 1 milliard.
- Financements à faible taux d’intérêt : elles émettent des obligations (ABS) en regroupant leurs prêts en titres, avec des taux d’intérêt allant de 1,78 % à 2 % (bien inférieurs à ceux des petites et moyennes entreprises), tandis que le rendement des prêts sous-jacents dépasse 14 %, créant ainsi une marge importante.
- Avantages évidents : les sociétés mères disposent d’une large base d’utilisateurs (comme WeChat et Meituan), réduisant considérablement le coût d’acquisition des clients ; elles bénéficient également d’une forte crédibilité, ce qui attire la coopération des banques (les nouvelles règles exigent que les banques collaborent uniquement avec les entreprises les plus conformes) ; enfin, leur taille leur permet de répartir plus efficacement les coûts de conformité.
Plus la régulation se renforce, plus ces géants deviennent dominants : ils ont les moyens de supporter les coûts de conformité et de gagner davantage de parts de marché.
V. L’avenir de l’industrie : les plus forts survivront, les autres devront se transformer ou disparaître
L’industrie des microprêts a quitté l’ère où celui qui possédait une licence gagnait de l’argent ; aujourd’hui, c’est la force qui compte. Les géants dominent le marché grâce à leur influence sur les utilisateurs, à leurs ressources financières et à leur conformité. Les petites et moyennes entreprises doivent soit trouver des niches commerciales spécifiques, soit se transformer pour offrir des services de conseil ou technologiques ; sinon, elles seront contraintes de quitter le marché. L’industrie deviendra de plus en plus concentrée, et les entreprises petites et dispersées auront du mal à survivre.
En somme, la réorganisation de l’industrie des microprêts est le résultat de la combinaison de la régulation et des forces du marché : la régulation élimine les entreprises non conformes, tandis que le marché élimine celles qui ne sont pas compétitives. Pour les particuliers souhaitant utiliser des services de microprêts, il est important de vérifier le coût global des services proposés et de choisir des entreprises réputées et régulières.