Résumé des résultats clés
Une équipe de scientifiques chinois a publié des résultats importants dans la revue *Nature* : ils ont réussi à cloner le deuxième gène majeur pour l’augmentation de la teneur en protéines, THP3-T, qui avait été “éliminé” lors du processus d’amélioration génétique du maïs sauvage et qui a été domestiqué par l’homme. En collaboration avec le gène THP9-T découvert en 2022, ce gène permet d’augmenter la teneur en protéines des variétés de maïs cultivées couramment de environ 8 % à 12%-13 % dans les grains et de plus de 9 % dans l’ensemble de la plante, tout en maintenant une production stable. Cette avancée pourrait réduire considérablement la dépendance de la Chine aux protéines de soja importées (la dépendance externe en protéines pour les aliments animaux dépasse actuellement 80 %), tout en augmentant les revenus des agriculteurs et en remodelant la chaîne d’approvisionnement en protéines pour aliments animaux. Cependant, il faudra encore plusieurs années avant que ces résultats de laboratoire ne soient mis en œuvre à grande échelle.
Analyse détaillée
1. Ce gène résout un problème majeur dans l’industrie des aliments animaux chinoise
Le maïs est la céréale la plus produite en Chine (300 millions de tonnes par an), mais il présente un inconvénient majeur : sa teneur en protéines dans les grains n’est que d’environ 8 %, ce qui est insuffisant pour répondre aux besoins des élevages. Pour combler cette lacune, la Chine importe chaque année 100 millions de tonnes de soja transformées en protéines de soja, ce qui représente une dépendance externe importante en protéines pour les aliments animaux (équivalant à dire que notre “alimentation animale” est contrôlée par d’autres pays).
Le maïs sauvage contient quant à lui jusqu’à 30 % de protéines (ce qui est quatre fois plus que le maïs moderne), mais au fil des millénaires, les sélectionneurs ont privilégié la production de grandes quantités, éliminant ainsi ces gènes riches en protéines. La récupération des gènes THP3-T et THP9-T permettrait au maïs de produire davantage de protéines naturellement, sans avoir besoin d’acheter du soja à prix élevés.
2. Le “double moteur” des deux gènes : l’un produit, l’autre distribue
La collaboration entre les gènes THP3-T et THP9-T fonctionne comme un “double moteur” :
- THP3-T (moteur de production) : l’enzyme codée par ce gène transforme l’azote absorbé par le maïs dans le sol (nutriment des engrais) en acides aminés, les éléments constitutifs des protéines, ce qui équivaut à une “usine de production de matières premières pour les protéines” ;
- THP9-T (moteur de distribution) : l’enzyme codée par ce gène assure le transport des acides aminés produits vers les grains du maïs, permettant ainsi d’accroître la teneur en protéines sans gaspiller les nutriments dans les chaumes.
Des essais en champ ont montré que l’introduction de ces deux gènes dans la variété de maïs la plus populaire en Chine, “Zhengdan 958”, a augmenté la teneur en protéines sans diminuer la production, garantissant ainsi des revenus supplémentaires pour les agriculteurs tout en fournissant davantage de protéines.
3. Toute la chaîne industrielle bénéficie : plus d’argent pour les agriculteurs, moins de dépenses pour les élevages, et une réduction des importations pour l’État
- Pour les agriculteurs : le prix d’achat du maïs à haute teneur en protéines est supérieur de 200 yuans par tonne par rapport au maïs ordinaire, ce qui peut augmenter directement leurs revenus avec une culture à grande échelle ;
- Pour les élevages : le maïs à haute teneur en protéines contient plus d’acides aminés et est mieux digéré ; il peut remplacer 50 % à 100 % des protéines de soja dans l'alimentation des porcs de engraissement, ainsi que chez les poules pondeuses et les poulets de chair, réduisant ainsi les coûts d’alimentation ;
- Pour l’État : une augmentation de la teneur en protéines de 4 points de pourcentage dans les 300 millions de tonnes de maïs produits chaque année (à plus de 12 %) équivaudrait à une augmentation des importations de soja de 30 millions de tonnes, ce qui réduirait considérablement le risque de dépendance externe.
4. De la recherche en laboratoire à la mise en œuvre sur les champs : plusieurs étapes restent à franchir
Les résultats actuels sont encore au stade de laboratoire. Avant que ces nouvelles variétés ne puissent être cultivées par les agriculteurs, il reste plusieurs étapes à parcourir :
- Sélection de combinaisons hybrides : croiser les parents améliorés avec d’autres variétés pour sélectionner des combinaisons à haute teneur en protéines adaptées aux différentes climats ;
- Tests dans divers environnements : tester la culture dans les principales régions productrices de maïs, telles que le nord-est, le nord et le sud-ouest de la Chine, pour s’assurer d’une production stable sous toutes les conditions ;
- Coopération avec des entreprises : collaborer avec des sociétés de semences pour commercialiser les nouvelles variétés ;
- Poursuite de la recherche génétique : l’équipe prévoit de découvrir davantage de gènes riches en protéines afin d’augmenter encore la teneur en protéines du maïs à 15 %. Ce processus prendra au moins quelques années, mais la direction est claire.
Conclusion
La découverte de ces gènes n’est pas une simple “jouet de laboratoire” ; il s’agit d’une technologie essentielle capable de transformer réellement l’industrie des aliments animaux chinoise. Elle résout le problème de la dépendance aux importations et bénéficie à la fois aux agriculteurs et aux élevages. Bien qu’il faille encore attendre quelques années avant de voir une application à grande échelle, cette approche est la bonne direction pour rendre l’alimentation animale chinoise plus autonome et moins coûteuse à l’avenir.