Résumé des points clés
Anthropic a récemment levé 65 milliards de dollars et a été évaluée à 96,5 milliards de dollars, dépassant OpenAI pour devenir la start-up d'IA la plus valorisée au monde. Ses critères de recrutement sont extrêmement stricts : l'utilisation de l'IA est interdite pendant tout le processus d'interview, et l'accent est mis sur les entretiens culturels pour sélectionner des candidats dont les valeurs correspondent à celles de l'entreprise et qui possèdent une capacité de réflexion indépendante. Cette approche « non conventionnelle » a permis à Anthropic de retenir un grand nombre de talents (un taux de rétention de 80 % après deux ans, contre moins de 60 % dans l'industrie) et a attiré des personnalités comme Karpathy, cofondateur d'OpenAI. Contrairement à Google qui autorise l'utilisation de l'IA pour les entretiens, Anthropic estime que ce qui manque le plus à l'ère de l'IA n'est pas les personnes qui savent utiliser l'IA, mais celles qui ont leur propre opinion même sans son aide.
Analyse détaillée
1. Interdiction de l'IA lors des entretiens : Anthropic craint la « sous-traitance de la réflexion »
L'utilisation de l'IA est interdite pendant les cinq tours d'interviews d'Anthropic pour une raison simple : il s'agit de voir les véritables capacités et les véritables pensées des candidats, et non ce que l'IA peut leur faire « mettre en avant ». Par exemple, lors des entretiens techniques, l'absence d'IA permet de tester réellement leur compétence à résoudre des problèmes ; lors des entretiens culturels, elle évite que les candidats ne fournissent des réponses « politiquement correctes » générées par l'IA. Après tout, l'IA peut écrire de belles articles de n'importe quel point de vue, mais elle ne peut pas exprimer les croyances profondes des gens.
2. Des entretiens culturels similaires à une thérapie psychologique pour sélectionner des personnes aux valeurs communes
Les entretiens culturels sont un élément crucial dans le processus de recrutement d'Anthropic :
- Pas de technologie, seulement l'essence : on ne se demande pas si le code est bien écrit, mais quelles sont les croyances inhabituelles du candidat, s'il a déjà résisté à des situations difficiles, ou comment il choisit en cas de dilemmes éthiques. Par exemple, on peut lui demander s'il cachera ou divulguera une fuite de données utilisateur ; l'interrogateur cherche à savoir si le candidat a vraiment réfléchi et s'il a des principes personnels.
- Droit de veto : même si un candidat réussit tous les entretiens techniques, un mauvais résultat aux entretiens culturels peut entraîner son rejet. Les interrogeurs peuvent être issus du département marketing (et non de la technologie), car l'entreprise considère que les valeurs communes sont plus importantes que les compétences techniques. Anthropic considère la sécurité de l'IA comme sa mission principale, et non seulement comme un moyen de gagner de l'argent.
- Encouragement au questionnement : les interrogeurs incitent les candidats à critiquer l'entreprise ; une critique fondée est même un atout. Cela permet de vérifier leur capacité de réflexion indépendante, et non seulement leur aptitude à flatter.
3. Quels sont les résultats de cette méthode de recrutement ?
Les données parlent d'eux-mêmes :
- Fort taux de rétention des employés : 80 % après deux ans, ce qui est le plus élevé dans l'industrie de l'IA (contre moins de 60 % en moyenne).
- Pouvoir de recrutement des talents : le nombre de candidats venant d'OpenAI est 8 fois supérieur à celui venant d'autres entreprises, et 11 fois supérieur pour ceux venant de DeepMind. Par exemple, le CTO de Workday a renoncé à son poste pour devenir ingénieur ordinaire, et Karpathy a rejoint Anthropic : ces personnes ne sont pas motivées par l'argent, mais par les valeurs de l'entreprise.
4. Des approches opposées chez Google et Anthropics en matière de recrutement d'experts en IA
Face aux défis du recrutement à l'ère de l'IA, Google et Anthropic ont choisi des chemins complètement opposés :
- Google : autorise l'utilisation de Gemini (son propre IA) pour évaluer la maîtrise de l'IA, car le travail quotidien repose sur la collaboration homme-machine.
- Anthropics : interdit l'utilisation de l'IA, car elle pense que l'IA peut aider à l'exécution, mais pas au jugement. Google valorise les personnes qui savent utiliser l'IA pour écrire du code, tandis qu'Anthropic cherche celles qui peuvent réfléchir aux grands risques liés à l'IA même sans son aide.
5. Les personnes les plus précieuses à l'ère de l'IA : celles qui ont leur propre vision
La logique de recrutement d'Anthropics met en évidence le problème central de cette ère : quand l'exécution (rédiger du code, écrire des articles) devient de plus en plus accessible grâce à l'IA, qu'est-ce qui devient alors rare ?
La réponse est claire : la capacité de réflexion indépendante, des valeurs solides et la capacité à percevoir les risques à grande échelle. Par exemple, un chercheur qui ne parlait que de l'attachement émotionnel des utilisateurs envers l'IA n'a pas été retenu, car Anthropic s'intéresse aux risques fondamentaux que peut représenter l'IA – des questions que l'IA ne peut pas poser elle-même.
En somme, il ne suffit pas de se concentrer sur l'apprentissage de l'utilisation de l'IA ; il est essentiel de développer des qualités qui restent hors de portée de l'IA : ses propres principes, sa capacité de jugement et sa vision unique du monde. C'est ce qui rend les personnes vraiment précieuses à l'ère de l'IA.