虎嗅

**Titre français :** **Étude approfondie sur l’expansion des entreprises chinoises à l’étranger (Série 3) : Les leçons tirées par les pionniers mondiaux du secteur multinational de leur expérience en matière d’adaptation locale**

原文:2605随笔-《中企出海深度研究报告》系列三:全球跨国企业先行者在本土化实践中对中企出海的启示

Résumé des points clés

Cet article se concentre sur la transformation vers une approche « localisée » des entreprises chinoises qui s’exportent à l’étranger. Alors qu’auparavant, elles gagnaient de l’argent grâce à des produits à bon rapport qualité-prix, elles doivent maintenant intégrer l’ensemble de leur chaîne d’activité – recherche et développement, production, supply chain, vente – dans l’économie, la culture et les systèmes juridiques du pays hôte, afin de devenir des acteurs véritablement impliqués dans l’écosystème local. L’auteur analyse 22 cas concrets, notamment ceux d’entreprises automobiles japonaises, de géants américains du secteur des consommables, de fabricants européens ainsi que de entreprises chinoises telles que Haier, BYD et Transsion, pour décomposer les stratégies de localisation. Il propose également des solutions aux conflits interculturels et aux risques de non-conformité fréquemment rencontrés par ces entreprises, en insistant sur la logique fondamentale selon laquelle « la globalisation se réalise à travers la localisation ».

I. Ne pensez pas que la localisation consiste simplement à changer l’emballage des produits ! La véritable localisation, c’est s’adapter profondément aux coutumes locales

De nombreuses entreprises croient que la localisation signifie simplement changer l’étiquette linguistique des produits ou trouver un porte-parole local, mais cela est complètement faux. La vraie localisation implique de prendre en compte les différences culturelles : un produit qui fonctionne bien en Chine ne fonctionnera pas nécessairement ailleurs. L’auteur utilise le « modèle de distance CAGE » pour expliquer pourquoi la localisation est essentielle :

  • Distance culturelle : les Chinois mangent des raviolis avec du vinaigre, tandis que les Américains préfèrent du ketchup ; imposer un standard unique ne sera pas apprécié.
  • Distance administrative : les lois et les règles syndicales varient d’un pays à l’autre (par exemple, les droits des syndicats sont plus importants aux États-Unis).
  • Distance géographique : les coûts de logistique augmentent avec la distance ; il est donc avantageux de construire des usines près des marchés cibles.
  • Distance économique : le pouvoir d’achat est plus faible en Afrique, il faut proposer des produits abordables.

La véritable localisation consiste à intégrer chaque étape de la chaîne d’activité (recherche et développement, production, vente) dans les contextes locaux. Par exemple, Transsion a développé des téléphones adaptés aux besoins africains (plusieurs cartes SIM, plusieurs modes d’alimentation) et un algorithme permettant de corriger les problèmes de teint sur les photos prises par des personnes noires.

II. Comment mettre en œuvre la localisation ? Toute la chaîne d’activité doit être adaptée aux spécificités locales

La localisation pour une entreprise multinationale ne se limite pas à un seul aspect, mais implique l’ajustement de toute la chaîne de valeur :

1. **Recherche et développement localisée** : donner la parole aux équipes locales

Il s’agit de créer des centres de recherche et développement sur place pour mieux comprendre les besoins des utilisateurs.

  • Exemples :
  • Haier a développé des sécheuses à linge antibactériennes de grande capacité pour l’Europe.
  • Colgate a lancé des dentifrices à base d’herbes en Inde, adaptés aux habitudes locales.
  • Le centre de recherche et développement de Procter & Gamble à Pékin développe plus de 100 nouveaux produits chaque année, qui sont ensuite distribués dans le monde entier.

2. **Production et supply chain localisées** : s’installer sur place pour éviter les barrières tarifaires et réduire les coûts

Il est avantageux de construire des usines dans les pays cibles, ce qui favorise également le développement des fournisseurs locaux.

  • Exemples :
  • Les entreprises automobiles japonaises ont créé des emplois aux États-Unis, réduisant les accusations de concurrence déloyale.
  • BYD a construit des usines en Thaïlande et au Brésil, permettant de réduire les tarifs de douane.
  • Toyota a mis en place une division du travail entre différents pays de l’ASEAN (usine de moteurs diesel en Thaïlande, usine de moteurs essence en Indonésie).

3. **Services de vente localisés** : s’adapter aux spécificités des marchés

Les canaux de distribution diffèrent d’un pays à l’autre (supermarchés en Europe et en Amérique, magasins familiaux en Afrique).

  • Exemples :
  • Transsion a utilisé des publicités murales en Afrique, un moyen peu coûteux et efficace pour atteindre un large public.
  • Shuufuja a créé des campagnes publicitaires axées sur les valeurs familiales en Chine.
  • L’Oréal a acquis la société américaine MySkin, acquérant ainsi des compétences en gestion des ventes en ligne pour s’adapter rapidement au marché chinois.

III. Comment les géants le font-ils ? Ces exemples de localisation sont très instructifs

L’auteur présente 22 cas concrets, dont quelques-uns particulièrement représentatifs :

1. **Entreprises automobiles japonaises** : une approche « à double voie » aux États-Unis et en ASEAN**

  • Marché américain : passage de l’exportation à la création d’usines sur place pour éviter les conflits commerciaux.
  • Marché de l’ASEAN : division des tâches de production (moteurs fabriqués en Thaïlande, boîtes de vitesses en Philippines) pour réduire les coûts grâce aux concessions tarifaires.

2. **Transsion** : un exemple remarquable sur le marché africain**

  • Téléphones adaptés aux besoins locaux (plusieurs cartes SIM, longue autonomie).
  • Algorithme de traitement des photos pour améliorer l’apparence des personnes noires.
  • Publicités murales pour atteindre les populations les plus défavorisées.

3. **Fuyao Glass** : les leçons tirées de l’expérience aux États-Unis**

  • Initialement confrontée à des problèmes avec les syndicats en raison de ses méthodes de gestion, l’entreprise a adopté des mesures pour améliorer la sécurité (utilisation de « bons de performance »).
  • Condamnée par l’OSHA, elle a réduit les sanctions et amélioré ses installations de sécurité.
  • En 2024, une enquête sur des problèmes de main-d’œuvre illégale a rappelé aux entreprises chinoises que certaines pratiques (paiement en espèces, heures supplémentaires obligatoires) ne sont pas acceptables à l’étranger.

4. **Siemens** : la mise en œuvre de la digitalisation dans ses usines

L’usine de Nanjing a d’abord créé un « jumeau numérique » avant de construire réellement, ce qui a permis de réduire les délais de construction de 20 % et d’économiser 3 300 tonnes de carbone par an.

IV. Les erreurs commises par les entreprises chinoises à l’étranger et comment les éviter

Les entreprises chinoises rencontrent souvent deux problèmes majeurs lorsqu’elles s’exportent :

1. **Conflits interculturels** : difficultés de coordination entre dirigeants expatriés et employés locaux**

En Chine, le patron a le dernier mot et les heures supplémentaires sont monnaie courante, mais à l’étranger, les employés valorisent le respect des contrats et le respect des horaires.

  • Solutions : remplacer les heures supplémentaires obligatoires par des bons de performance, permettre aux employés de choisir librement, et former les dirigeants expatriés aux lois et cultures locales.

2. **Risques de non-conformité** : des sanctions coûteuses en cas d’inobservance des règlements

Les normes relatives au travail, à la sécurité sociale et aux données sont strictes à l’étranger.

  • Exemples :
  • La durée du période d’essai ne peut pas dépasser 60 jours au Vietnam ; les licenciements doivent être accompagnés de compensations importantes en Thaïlande.
  • Solutions : utiliser des systèmes électroniques pour simplifier les procédures, envoyer les codes de livraison après approbation, et livrer les matériaux essentiels avant de compléter les documents.

Conclusion

La localisation ne consiste pas à imposer une approche chinoise à l’étranger, ni à éviter toute action. Il s’agit plutôt de trouver un équilibre entre les différences culturelles et de collaborer avec les acteurs locaux pour s’intégrer durablement sur les marchés internationaux. Cet article montre que, pour réussir à l’étranger, il est indispensable de s’adapter profondément aux spécificités des pays cibles.