Résumé des points clés
Cette discussion porte sur l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur les organisations d’entreprise. Le Dr Mu Sheng, spécialiste en gestion, souligne que considérer l’IA comme une “panacée” est une erreur : l’amélioration de la productivité individuelle ne signifie pas nécessairement une augmentation de l’efficacité organisationnelle. Les organisations du futur seront des réseaux dynamiques composés d’un petit nombre d’élites humaines et d’une grande quantité d’employés utilisant de l’IA. Les managers intermédiaires, en particulier ceux qui assurent la communication entre les différents niveaux de l’organisation, seront les premiers à être remplacés par l’IA. La créativité, le jugement complexe et l’empathie humaines restent des domaines inaccessibles pour l’IA. Les véritables atouts concurrentiels des entreprises sont l’organisation elle-même, les ressources humaines, les données et les modèles. Les grandes entreprises doivent encore surmonter de nombreux obstacles pour effectuer des changements organisationnels.
1. Utiliser de l’IA sans devenir plus performantes ? Le problème réside dans l’organisation
De nombreuses entreprises obligent leurs employés à utiliser de l’IA et évaluent leur utilisation en fonction du nombre de “tokens” générés, mais l’efficacité n’a pas augmenté. La raison est similaire à celle du remplacement de la machine à vapeur par l’électricité au XIXe siècle : la technologie a changé, mais le modèle organisationnel est resté inchangé. Par exemple, dans l’ère de la machine à vapeur, les usines utilisaient une seule mécanique centrale pour faire fonctionner toutes les machines ; avec l’électricité, les machines sont devenues indépendantes et les processus ont été optimisés, ce qui a entraîné une augmentation significative de la productivité. Aujourd’hui, même si les programmeurs peuvent écrire du code plus rapidement grâce à l’IA, les procédures de révision restent inefficaces, ce qui ralentit le déploiement des applications. De même, bien que l’IA puisse aider les employés à filtrer les CV, les processus de validation et les réunions demeurent complexes et entravent l’amélioration de l’efficacité globale.
Mu Sheng affirme que la technologie ne peut pas surpasser les limites de l’organisation ; si celle-ci ne se modernise pas, même l’IA la plus puissante sera inutile.
2. Qui sera le premier à être remplacé par l’IA ? Les managers intermédiaires
On pense souvent que ce seront les employés ordinaires, mais en réalité, les premiers à disparaître seront les managers intermédiaires qui assument la communication entre les différents niveaux de l’organisation. Leur rôle principal est de collecter des informations, de transmettre des instructions et de superviser les résultats, tâches que l’IA peut parfaitement assumer. La Silicon Valley a déjà commencé à réduire le nombre de ces managers, qui considèrent souvent leur département comme un “territoire” et s’opposent aux changements liés à l’IA (à l’instar des ouvriers qui ont protesté contre la machine à filer de Jenny). Cependant, les managers compétents (par exemple ceux qui développent des modèles d’IA) ne seront pas remplacés ; ils passeront simplement d’un rôle de gestion des personnes à un rôle de gestion de l’IA.
3. Les “zones interdites” humaines : trois capacités inaccessibles à l’IA
Mu Sheng insiste sur le fait que, malgré les progrès de l’IA, il existe trois capacités humaines irremplaçables :
1. La créativité : la capacité de concevoir des solutions innovantes, comme lorsque Steve Jobs a imaginé le smartphone sans aucune aide extérieure ;
2. Le jugement complexe : la capacité de trouver des informations importantes parmi une grande quantité de données, comme celle des investisseurs expérimentés ;
3. L’empathie : la capacité de comprendre les émotions des utilisateurs et de les réconforter, une qualité que l’IA ne peut pas simuler.
4. À quoi ressembleront les entreprises du futur ? Les trois caractéristiques des “organisations intelligentes”
Les organisations du futur seront appelées “organisations intelligentes”. Elles se distingueront par :
1. Un petit nombre d’employés et une grande quantité d’IA : les tâches standardisées seront gérées par l’IA, laissant les humains se concentrer sur des tâches stratégiques (comme la créativité) et des tâches opérationnelles de base ;
2. Des réseaux décentralisés : les différents systèmes d’IA collaboreront via des API, formant un réseau dynamique sans hiérarchie fixe ;
3. Une approche centrée sur le client : les ressources de l’entreprise seront mises à disposition des unités opérationnelles qui ciblent spécifiquement les besoins des clients.
5. Les atouts concurrentiels des entreprises : l’organisation, les humains, les données et les modèles
Selon Mu Sheng, les véritables atouts des entreprises sont :
1. L’organisation : une bonne organisation permet de maximiser la valeur des talents ;
2. Les ressources humaines : les capacités uniques des humains sont essentielles pour le succès de l’entreprise ;
3. Les données : une base de données bien gérée permet à l’IA d’être plus précise, mais les technologies actuelles rendent l’accès aux données plus facile ;
4. Les modèles : les grands modèles publics (comme GPT) sont largement disponibles, et il n’est pas difficile pour les entreprises de développer leurs propres modèles.
Les grandes entreprises (Tencent, Alibaba, ByteDance) prétendent être axées sur la plateformisation et la décentralisation, mais en réalité, elles conservent encore des structures pyramidales. Modifier l’organisation est plus difficile que de mettre à jour les technologies.
Conclusion
L’IA n’est pas simplement un nouvel outil ; elle représente une opportunité de transformer radicalement les organisations. La compétition entre les entreprises reposera sur la capacité à devenir des “organisations intelligentes” avant les autres. Les humains n’ont pas à craindre d’être remplacés par l’IA, mais il est important de se concentrer sur ces capacités irremplaçables. Les entreprises doivent plutôt réévaluer leur structure organisationnelle plutôt que de se contenter d’utiliser des outils basés sur l’IA.