Résumé des points clés
OpenAI a officiellement soumis le projet de prospectus S-1 (document essentiel avant l’introduction en bourse) à la SEC américaine, tout en soulignant que « l’entrée en bourse n’est pas encore décidée ». Il a également publié un long texte sur ses valeurs, exprimant son ambition d’offrir l’IA générale (AGI) à tous les habitants de la planète. De son côté, son concurrent Anthropic a également soumis secrètement son projet S-1 il y a une semaine. La valeur estimée des deux entreprises approche le trillion de dollars, et elles devraient probablement dépasser ce chiffre après leur introduction en bourse. OpenAI, qui était à l’origine une organisation à but non lucratif en 2015, s’est progressivement commercialisée sous la pression des dépenses élevées. Après une restructuration, elle est parvenue à ce stade de l’introduction en bourse, avec un chiffre d’affaires annuel supérieur à 20 milliards de dollars, mais également des pertes importantes. Elle a donc besoin du soutien du marché financier pour financer ses activités de recherche et développement.
Analyse détaillée
1. L’IPO : pas une obligation, mais plutôt une stratégie pour se positionner
Le projet S-1 peut être considéré comme une demande d’autorisation d’introduction en bourse, dans lequel l’entreprise doit présenter ses activités, ses données financières et ses risques. Cependant, la démarche d’OpenAI est particulière :
- Elle a choisi de rendre public ce document dès sa soumission, afin de montrer son transparence ;
- Elle laisse ouverte la possibilité d’une introduction en bourse ultérieure, contrairement à Anthropic qui attend l’examen de la SEC et l’évolution du marché.
Cette approche reflète le désir d’OpenAI de tirer parti de l’effet de signal qu’une telle demande peut avoir sur le marché, tout en évitant les contraintes liées à une introduction en bourse (telles que la publication régulière de rapports financiers ou la responsabilité envers les actionnaires), sachant que la recherche et le développement de l’IA générale sont des processus longs et coûteux.
2. Le texte sur les valeurs d’OpenAI : faire de l’IA générale un outil accessible à tous
Le texte écrit par Sam Altman, intitulé « Built to benefit everyone », met en avant l’idée que l’IA générale ne doit pas être réservée à une minorité. Il utilise un exemple concret pour illustrer son propos : avant l’électrification aux États-Unis dans les années 1920, les gens se couchaient tôt et lavaient leur linge à la main ; avec l’électricité, les nuits sont devenues plus longues et les tâches ménagères ont été facilitées, ouvrant de nouvelles perspectives pour toute la société. L’IA, selon lui, doit permettre aux gens de mieux gérer leurs factures médicales, d’apprendre de nouvelles compétences, de gérer leur propre entreprise, de prendre soin de leurs proches, etc.
Il souligne également l’importance de ne pas laisser un petit nombre d’entreprises ou le gouvernement monopoliser l’IA générale, et de favoriser une participation plus large du public. De plus, il insiste sur le fait que l’IA doit rester au service des humains et non les remplacer complètement dans leurs décisions.
3. Le passage d’une organisation à but non lucratif à une entreprise cotée en bourse
La commercialisation d’OpenAI est le résultat direct de ses dépenses élevées :
- En 2015, l’entreprise était entièrement à but non lucratif, financée par des dons de Sam Altman, Elon Musk et d’autres, avec pour mission de faire bénéficier l’humanité de l’IA générale ;
- En 2019, les coûts de développement des grands modèles (comme GPT-3) sont devenus insupportables, ce qui a conduit à la création d’une filiale à but lucratif permettant d’accueillir des investissements avec des limites sur les rendements (par exemple, un plafond de 100 fois le montant investi) ;
- À la fin de 2022, avec le succès de ChatGPT, le capital a afflué en masse ;
- Fin 2023, des conflits au sein du conseil d’administration ont conduit à la démission d’Altman, mais il a été rappelé sous la pression des employés et des investisseurs, reflétant le dilemme entre la mission initiale à but non lucratif et les ambitions commerciales ;
- En 2025, OpenAI s’est restructurée en une entreprise à but public (PBC) associée à une fondation : la fondation détient 26 % des actions (responsable de la mission), Microsoft 27 % (plus grand actionnaire), et les employés et les investisseurs 47 % (responsables des activités commerciales). L’IPO est le résultat de cette restructuration.
4. La concurrence avec Anthropic : deux entreprises visant un chiffre d’affaires de trillion de dollars
Anthropic, ancien employé d’OpenAI, a également pris une initiative importante ces derniers temps :
- Il a soumis secrètement son projet S-1 il y a une semaine ;
- Sa valeur estimée atteint 96,5 milliards de dollars fin mai, dépassant les 85,2 milliards d’OpenAI, ce qui en fait la startup AI la plus valorisée au monde ;
- Les deux entreprises sont maintenant à un pas de l’introduction en bourse et devraient probablement dépasser le trillion de dollars.
Cela montre que le secteur de l’IA est entré dans une phase de lutte pour la domination, avec des investisseurs très optimistes quant à l’avenir de l’IA générale. En effet, celle qui réussira à développer l’IA générale deviendra maîtresse du discours technologique pour les décennies à venir.
5. Gagner de l’argent tout en dépensant beaucoup : le dilemme d’OpenAI
Le bilan financier d’OpenAI est contrasté : un chiffre d’affaires annuel élevé (plus de 20 milliards de dollars), mais des pertes importantes. Ses revenus proviennent principalement des abonnements à ChatGPT Plus et des services API pour les entreprises. Pour 2026, les pertes sont estimées entre 14 et 25 milliards de dollars, en raison des coûts élevés (tels que le loyer des GPU) et des investissements dans la recherche et le développement. L’IPO n’est donc pas une opportunité de réaliser un profit immédiat, mais plutôt un moyen de financer ses activités de recherche et développement.
Conclusion
L’IPO d’OpenAI est à la fois une étape inévitable dans son processus de commercialisation et une nécessité pour le développement de l’IA générale. L’entreprise promeut l’idéal d’une IA au service de tous, tout en ayant besoin du marché financier pour financer ses efforts. Il reste à voir si elle parviendra à équilibrer ses intérêts commerciaux et sa mission initiale à but non lucratif, et si elle ne sera pas contrôlée par les investisseurs. La concurrence dans le secteur de l’IA est encore au début d’une phase intense.